Invité du nouveau podcast Sphere5, le chef et chroniqueur Juan Arbelaez s’est livré sur un sujet d’intimité familiale : la transition de genre de son frère, devenue sa sœur. Son témoignage, sobre et direct, éclaire les bouleversements émotionnels et relationnels provoqués par une transformation d’identité au sein d’une famille.
Un choc décrit comme un deuil
Lors de l’enregistrement, Juan Arbelaez n’a pas cherché à atténuer la violence du ressenti. « J’ai eu la perte d’un frère », confie-t‑il, évoquant la disparition d’une image familière plus que la personne elle‑même. Il explique que certains repères ont disparu et que « les câlins ne sont plus les mêmes ». Pour lui, il a fallu faire « ce deuil » : une formulation qui permet de saisir la complexité émotionnelle d’un proche confronté à la transition d’un être aimé.
L’anecdote qu’il raconte illustre sa propre incompréhension initiale. Quand son frère lui a d’abord dit se sentir femme, Juan a pensé qu’il s’agissait d’une crise passagère : « Pour moi, c’était une crise et après il va revenir ». Un an plus tard, la réalité s’impose lors d’un appel bouleversant de sa mère, en larmes, qui annonce que la transition est engagée. Ce moment marque un tournant dans son acceptation.
Du refus à la remise en question
Juan admet avoir tenté, au départ, de convaincre son frère de renoncer à sa démarche. Ce geste, dit‑il aujourd’hui, fait partie des réactions qu’il regrette. Il reconnaît aussi la douleur d’une prise de conscience : « Je ne pouvais pas me dire que j’avais passé 30 ans à côté de la personne que j’aime le plus au monde sans me rendre compte qu’à l’intérieur d’elle il y avait un mal‑être ultra‑puissant ». La phrase traduit le sentiment d’avoir manqué des signes et la difficulté d’intégrer une réalité nouvelle.
Au fil de l’échange, on perçoit que l’adaptation ne relève pas uniquement d’un travail individuel. Il s’agit d’un apprentissage familial, long et parfois conflictuel, où la culpabilité, l’incompréhension et l’amour coexistent.
Une famille face à ses codes et ses peurs
Juan Arbelaez évoque également la difficulté particulière de ses parents, et surtout de son père. Originaire d’un petit village en Colombie, ce dernier a grandi dans un milieu où certains sujets restent tabous. « Mon père vient d’un petit village dans lequel dire “homosexuel” est un gros mot. Il s’est battu contre tous ses ancrages psychologiques », rapporte Juan, qui décrit le combat intérieur d’un parent confronté à une réalité qu’il n’a jamais envisagée.
Malgré ces heurts, le témoignage souligne un apaisement progressif. Selon Juan, la famille est aujourd’hui « réunie, apaisée » et parvient à nouveau à se retrouver lors des fêtes : « On passe Noël tous ensemble et c’est magique », confie‑t‑il. Ce retour à la convivialité n’efface pas les étapes difficiles, mais montre une évolution vers l’acceptation.
La détresse, partagée des deux côtés
Une des idées‑forces du témoignage est que la souffrance n’appartient pas qu’à la personne en transition. Juan insiste : « Elle a vu qu’on vivait une détresse énorme et qu’on ne savait pas comment agir ». Autrement dit, la personne qui change de genre traverse elle‑même une période douloureuse, tandis que l’entourage cherche des repères pour comprendre et accompagner.
Pour résumer cette dynamique, il dit : « On a appris à devenir frère d’une sœur au même moment où elle apprenait à être sœur ». Il qualifie ce double apprentissage d’« hyper dur » et de « méga violent », sans rien édulcorer de la difficulté vécue par chacun. Mais il insiste aussi sur le fait que ce processus a été nécessaire pour reconstruire des liens.
Tout au long de son intervention, Juan Arbelaez garde un ton sincère et auto‑critique. Il ne cherche ni à dramatiser outre mesure, ni à minimiser les conséquences humaines de la transition. Son récit met en lumière la réalité d’un chemin familial : confrontation, douleur, erreurs, puis, parfois, une nouvelle forme d’harmonie.
Invité par Ophélie Meunier pour le lancement de Sphere5, aux côtés de Carole Juge‑Llewellyn, Juan a choisi de livrer ce témoignage intime. Révélé au grand public en 2012 dans Top Chef, et aujourd’hui chroniqueur dans Les Grosses Têtes, il transforme une parole personnelle en témoinage public, utile pour penser la manière dont les familles traversent les transitions de genre.


