Près de trente ans après les faits qu’elle relate, Daniela Elstner a de nouveau exposé sa version devant les enquêteurs. Entendue plus de quatre heures par les magistrats du 1er district de la police judiciaire parisienne, la directrice d’Unifrance affirme avoir été victime, en 1997 lors du Festival du film français d’Acapulco (Mexique), d’une tentative de viol et d’une agression sexuelle impliquant le chanteur Patrick Bruel.
L’audition : un récit détaillé et une volonté de « laisser une trace »
Selon son témoignage, recueilli par les policiers, Daniela Elstner dit avoir été abordée alors qu’elle récupérait des bagages sur le parking d’un hôtel. Elle raconte avoir été poussée dans un véhicule, embrassée de force, puis contrainte de la rejoindre dans le bungalow attribué au chanteur. Elle affirme avoir été touchée à plusieurs reprises et avoir réussi à s’enfuir après avoir crié et résisté.
Âgée de 26 ans à l’époque et alors employée comme assistante chargée de l’organisation du festival, elle explique avoir souhaité déposer sa version des faits malgré la prescription : « laisser une trace », indique-t-elle, afin, dit-elle, d’encourager d’éventuelles autres victimes à témoigner à leur tour.
La réaction de l’avocat : contestation et précision
Par la voix de son avocat, Me Christophe Ingrain, Patrick Bruel conteste fermement ces allégations. Dans une intervention rapportée par Mediapart, l’avocat affirme : « S’il a pu chercher à séduire, à proposer, parfois de manière indirecte, une relation intime, il ne s’est jamais jeté sur qui que ce soit, ni dans une voiture, ni sur un parking, ni ailleurs. »
La défense met ainsi l’accent sur la nuance entre une approche de séduction — qui serait selon elle possible — et les actes de violence sexuelle décrits par la plaignante. Le chanteur, dans les éléments rendus publics, reste toutefois bénéficiaire de la présomption d’innocence.
Des signalements antérieurs et le contexte judiciaire
Le témoignage de Daniela Elstner rejoint une série de signalements évoqués ces dernières années. En 2019, une esthéticienne âgée de 21 ans avait notamment dénoncé un comportement jugé importun lors d’un massage en Corse, décrivant un début de séance « charmant » puis une insistance croissante malgré son refus. La même année, une autre masseuse avait déposé plainte pour des faits similaires présumés.
Deux enquêtes portant sur ces signalements avaient été classées sans suite en 2020, selon les informations rendues publiques. Par ailleurs, Patrick Bruel est toujours visé par plusieurs procédures en France et en Belgique, dont une plainte déposée à Bruxelles pour une agression sexuelle présumée datant de 2010.
Ces différentes affaires, dispersées dans le temps et parfois prescrites, constituent néanmoins un ensemble de récits et de procédures qui explique l’attention que suscite chaque nouvelle déposition. Les éléments évoqués par les plaignantes sont présentés aux autorités et feront l’objet d’examens judiciaires selon les voies légales ouvertes par les dépôts de plainte et les règles de compétence.
Une procédure aux mains de la justice
Lorsqu’une victime porte plainte, la police et la justice déterminent si les faits décrits sont susceptibles de faire l’objet d’une enquête approfondie, dans le respect des règles de procédure et de la présomption d’innocence. Dans le cas présent, l’audition de Daniela Elstner a duré plus de quatre heures et a été conduite par la brigade du 1er district de la police judiciaire parisienne.
Les investigations devront désormais confronter les déclarations, rechercher des éléments matériels ou des témoignages complémentaires et, le cas échéant, décider de l’opportunité d’une information judiciaire ou d’actes d’enquête supplémentaires. À ce stade, les positions publiques se limitent au récit de la plaignante et à la contestation formulée par la défense.
Sur le plan médiatique, chaque nouveau témoignage est scruté, recoupé et discuté. Les proches des parties et le public attendent que la procédure judiciaire fasse la lumière sur les allégations, sans que l’opinion publique ne préjuge du résultat final.


