Les projecteurs braqués sur Cannes, l’affaire qui implique le réalisateur Luc Besson a repris une actualité judiciaire inattendue : le parquet général de la cour d’appel de Paris a demandé, le 12 mai, la réouverture des investigations dans la plainte pour viol déposée par l’actrice Sand Van Roy en mai 2018.
Rappel des faits et des décisions antérieures
Sand Van Roy avait porté plainte le 18 mai 2018, au lendemain d’un rendez‑vous au palace parisien Le Bristol, accusant Luc Besson de viol. Deux mois plus tard, elle a étendu ses accusations en dénonçant d’autres viols et agressions sexuelles, qu’elle a dit imputables à deux années d’une « relation d’emprise professionnelle ». Luc Besson, qui avait 67 ans au moment des faits tels que rapportés par la plaignante, a toujours contesté ces allégations.
La procédure avait connu plusieurs étapes importantes : un non‑lieu rendu en décembre 2021, puis la confirmation de ce non‑lieu en appel en mai 2022. Ces décisions antérieures avaient jusqu’à présent conduit à l’arrêt des poursuites contre le réalisateur.
Un nouvel élément mis en avant par le parquet général
Selon une dépêche diffusée le 12 mai par l’Agence France‑Presse (AFP) et des précisions publiées par Mediapart, le parquet général de la cour d’appel de Paris estime qu’un « élément nouveau susceptible de caractériser des charges nouvelles » justifie la reprise des investigations. Il s’agit d’analyses ADN réalisées sur un sous‑vêtement de la plaignante par un laboratoire néerlandais.
Les avocats de Sand Van Roy affirment que « l’ADN du mis en cause a été formellement retrouvé sur la partie postérieure » du sous‑vêtement porté la nuit des faits allégués. Ils estiment par ailleurs que ce sous‑vêtement n’a « jamais été expertisé de manière adéquate au cours de l’enquête », qualifiant ce point de « fait matériel capital ignoré ». Ces constats expliqueraient la demande du parquet général de rouvrir les investigations.
La découverte — telle que présentée par les conseils de la plaignante — constitue donc l’argument central du parquet pour demander un nouvel examen du dossier devant la chambre de l’instruction. Si la chambre admet ces réquisitions, elle pourrait ordonner la reprise de poursuites ou des investigations complémentaires.
Calendrier judiciaire et réactions des parties
Le parquet général a indiqué qu’une audience de la chambre de l’instruction se tiendra le 2 juin prochain. Cette audience, programmée à l’initiative du parquet, peut potentiellement faire basculer l’affaire en autorisant la reprise des actes d’enquête ou en confirmant l’arrêt des poursuites.
Le conseil de Luc Besson, Maître Thierry Marembert, a déclaré qu’il ne ferait « aucun commentaire à ce stade » et qu’il préférait attendre la décision de la chambre d’instruction pour s’exprimer. Il a cependant rappelé que, selon lui, « la justice s’est prononcée à quatre reprises et a toujours conclu à l’innocence » de son client — une formulation visant à souligner les décisions précédentes en faveur du réalisateur.
Conséquences possibles et contexte médiatique
La réouverture éventuelle d’une instruction dans une affaire déjà jugée à plusieurs reprises pose des enjeux juridiques et médiatiques notables. Sur le plan judiciaire, la découverte d’un élément nouveau — ici des traces d’ADN présentées comme signifiantes — peut, selon le code de procédure pénale, justifier la reprise d’une instruction lorsque cela est de nature à établir des charges nouvelles.
Sur le plan médiatique, l’annonce intervient alors que le Festival de Cannes attire l’attention internationale, plaçant le dossier sous un regard amplifié. Les deux camps — la plaignante et la défense — ont intérêt à rester prudents tant que la chambre de l’instruction n’aura pas statué le 2 juin.
Les informations communiquées à ce stade reposent sur des réquisitions du parquet général et des prises de position des avocats des parties. Elles seront précisées si la chambre de l’instruction décide d’ordonner la réouverture des investigations ou, au contraire, de rejeter la demande.
En l’état, l’affaire entre dans une nouvelle phase procédurale qui pourrait entraîner des actes d’enquête complémentaires ou des décisions définitives sur la recevabilité de pièces nouvelles, conformément aux règles de procédure pénale.


