Sur la grande plage de l’Écluse à Dinard, c’est une absence qui a attiré l’attention des promeneurs : la plaque portant le nom de Patrick Bruel, qui orne habituellement la porte d’une cabine numérotée, a disparu.
Installées le long de la digue, les cabines dédiées aux personnalités ayant présidé le jury du festival du film britannique et irlandais constituent une tradition locale bien ancrée. Entre les portes qui arborent les noms de Nathalie Baye ou d’Éric Cantona, la porte blanche de la cabine n°23 est, depuis quelques jours, dépourvue de toute inscription là où figurait en 2012 le nom du chanteur et acteur, président du jury de la 23e édition du festival.
Un acte qualifié de vandalisme par la mairie
Interrogée sur la disparition de la plaque, la mairie de Dinard a indiqué ne pas être à l’origine de cet enlèvement et a qualifié le geste d’« acte de vandalisme ». Selon les élus, la plaque fera l’objet d’une remise en état, mais son remplacement ne sera pas immédiat : « dans ce contexte sensible, elle pourrait de nouveau être dégradée », a expliqué la municipalité, soulignant la prudence de la ville face à la situation.
Une élue a précisé que la question serait évoquée prochainement en conseil municipal, la collectivité refusant de trancher à la hâte sur la conduite à tenir. La décision est pour l’heure suspendue, la mairie pesant l’impact d’une remise en place sur l’image de la station et sur la réception publique.
Une tradition locale rattrapée par l’actualité judiciaire
La présence d’une cabine à son nom est, pour les présidents de jury, une reconnaissance symbolique et un moment attendu du festival de Dinard. La liste des personnalités ainsi honorées est prestigieuse : Jean Rochefort, Catherine Deneuve, Rupert Everett — qui avait été brièvement annoncé avant d’être remplacé in extremis par Claire Chazal — ou encore Nathalie Baye figurent parmi les présidents dont le nom figure sur la digue.
Dans ce contexte festif, la disparition de la plaque au nom de Patrick Bruel prend une résonance particulière. L’artiste est aujourd’hui visé par plusieurs plaintes pour viols et agressions sexuelles, des faits qui, selon les accusations, couvriraient une période allant de 1992 à 2019. L’une des plaintes, déposée en septembre 2024 à Saint-Malo, concerne précisément des faits que la plaignante dit avoir subis en 2012, en marge de l’édition du festival de Dinard présidée par Patrick Bruel.
Ces plaintes ont été centralisées au parquet de Nanterre. Face à l’ampleur des accusations, l’artiste a annulé l’ensemble de sa tournée des festivals d’été. Patrick Bruel conteste l’intégralité des faits qui lui sont reprochés et, comme le prévoit la présomption d’innocence, demeure présumé innocent tant que la justice ne s’est pas prononcée.
La coïncidence entre la cabine n°23 et l’édition 2012 du festival, qui apparaît dans le récit des plaintes, a contribué à l’amplification médiatique de l’incident sur la digue. Pour la mairie, l’enjeu aujourd’hui est de concilier mémoire locale et sensibilité publique : replacer la plaque trop tôt pourrait être interprété comme un manque de considération, tandis que ne pas la replacer pourrait être perçu comme une forme de prise de position.
Résonances et prudence des autorités locales
Les autorités municipales se montrent prudentes et cherchent à éviter toute décision qui pourrait raviver les tensions. La formulation officielle — que la plaque sera « remise en état mais ne sera pas remplacée tout de suite » — traduit ce dilemme : protéger le patrimoine festif de la ville sans ignorer le contexte judiciaire et l’émotion qu’il suscite.
Sur le plan local, l’incident illustre la manière dont des traditions culturelles peuvent se retrouver, malgré elles, enchevêtrées avec des affaires extra-communautaires. À Dinard, la digue et ses cabines demeurent un lieu chargé d’histoire et de symboles, désormais traversé par un débat entre hommage et prudence civique.
Signalons enfin que l’information concernant la position de la mairie et la formulation citée provient d’un entretien accordé aux médias locaux, notamment à 20 Minutes, qui a relayé la communication municipale sur le sujet.


