Ce 13 mai 2026, un concert-hommage à Georges Brassens se tient au Bal Blomet, à Paris, rappelant que l’œuvre du poète-chanteur continue de traverser les générations. Trente‑cinq ans après sa disparition, Brassens reste une figure majeure de la chanson française, dont la silhouette — moustache, pipe et guitare — ne doit pas faire oublier une trajectoire profondément humaine, marquée par la maladie, la fidélité aux racines et un étonnant dernier refuge dans le sud.
De Sète au cœur de la chanson française
Né le 22 octobre 1921 à Sète, Georges Brassens a grandi dans une famille où les contraires cohabitaient : un père maçon et libre‑penseur, une mère très croyante. Ces tensions nourriront son écriture, faite d’ironie, de tendresse et d’un sens aigu de la formule. Très tôt, il se passionne pour les mots, la poésie et les chansons populaires qui emplissent la maison familiale — de Tino Rossi à Ray Ventura en passant par Mireille.
Avec des titres désormais inscrits dans le patrimoine collectif — La Mauvaise Réputation, Les Copains d’abord, Le Gorille, Chanson pour l’Auvergnat — Brassens impose un style singulier : une écriture littéraire portée par une guitare simple et une voix sans artifices. En 1967, son travail reçoit une reconnaissance littéraire lorsque l’Académie française lui décerne le Grand Prix de poésie.
Les derniers mois : maladie et retrait
À la fin des années 1970, la santé de Georges Brassens se détériore : des douleurs abdominales récurrentes conduisent à la découverte d’un cancer de l’intestin. Il subit plusieurs interventions, d’abord à Montpellier puis à l’Hôpital américain de Paris. Malgré la maladie, il continue d’écrire — une quinzaine de chansons sont prêtes au moment où sa force décline — mais il n’a plus la possibilité d’enregistrer.
Pour ses derniers mois, Brassens trouve refuge à Saint‑Gély‑du‑Fesc, au nord de Montpellier, dans la propriété de la famille de son chirurgien. C’est dans cette commune de l’Hérault, discrète alors comme aujourd’hui, qu’il célèbre son soixantième anniversaire le 22 octobre 1981. Quelques jours plus tard, le 29 octobre 1981, à 23h15 (mentionnée également parfois à 23h14 selon certaines sources locales), il meurt. La nouvelle provoque une onde de choc en France : les médias s’interrompent, les hommages affluent, et le pays se remémore ses textes comme autant de prises de position, notamment contre la peine de mort — combat auquel il avait contribué par ses chansons et ses propos.
Brassens est inhumé au cimetière Le Py à Sète, conformément à son attachement pour sa ville natale et à sa célèbre Supplique pour être enterré à la plage de Sète. Chaque année, sa tombe attire des dizaines de milliers de visiteurs venus se recueillir.
Saint‑Gély‑du‑Fesc : du refuge discret aux célébrités contemporaines
La mention du nom de Saint‑Gély‑du‑Fesc dans la biographie de Brassens surprend aujourd’hui encore : cette commune du Hérault fut le lieu de son dernier souffle. Dans les décennies suivantes, Saint‑Gély a aussi attiré d’autres personnalités. Parmi elles, Vanessa Paradis et Johnny Depp y ont acquis une résidence secondaire, faisant de la commune une adresse convoitée et contribuant à sa réputation de banlieue chic de Montpellier.
Le contraste entre la discrétion recherchée par Brassens et la notoriété internationale du couple Paradis‑Depp est frappant, mais il existe un point commun : l’attirance pour une certaine quiétude du Sud, loin du tumulte médiatique des grandes villes. Pour Brassens, Saint‑Gély fut un lieu de repos et de fin de vie ; pour d’autres, un refuge privé et une résidence de villégiature.
Qu’on l’étudie à l’école, qu’on reprenne ses chansons sur scène ou qu’on le cite pour une formule devenue proverbiale — « Le temps ne fait rien à l’affaire » —, l’héritage de Brassens demeure intact. Sa liberté de ton, son humour corrosif et sa profonde humanité continuent d’inspirer de jeunes artistes et de susciter des hommages réguliers, comme celui programmé ce 13 mai 2026 au Bal Blomet.
« Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente », écrivait‑il, fidèle à ce mélange d’ironie et de gravité qui a fait sa marque. Aujourd’hui encore, sa devise — « Sans technique un don n’est rien qu’une sale manie » — rappelle l’exigence d’un auteur dont l’œuvre s’est imposée comme un monument incontournable de la culture française.


