Le 29 mai 2026, Catherine Lara fête ses 81 ans. Figure singulière de la chanson française, violoniste électrique et auteure-compositrice, elle a traversé les décennies en imposant un univers à la fois rock, populaire et classique. Si ses propres titres — de Nuit magique à La rockeuse de diamants — ont forgé sa réputation, le plus gros succès financier de sa carrière provient d’un détour inattendu : une chanson écrite pour Johnny Hallyday au début des années 2000.
Le « banco » inattendu : écrire pour Johnny
Peu de fans associent Catherine Lara à l’un des tubes les plus diffusés de Johnny Hallyday autour de la Coupe du monde 2002. Pourtant, invitée de l’émission Chez Jordan en mai 2023, elle a elle‑même évoqué ce chapitre en évoquant le « banco » de sa carrière. Interrogée sur le titre qui lui avait rapporté le plus d’argent, la réponse a surpris par sa franchise et son humour : « Banco, banco ? Ce n’est pas le morceau dont je suis le plus fière », a‑t‑elle lancé avant de nommer le titre en question, Tous ensemble, hymne officiel des Bleus pour la Coupe du monde 2002, interprété par Johnny Hallyday.
Conçu pour rassembler les supporters avant la compétition organisée au Japon et en Corée du Sud, le titre a rempli sa mission commerciale. Le disque s’est vendu à près de 700 000 exemplaires, un chiffre considérable qui, pour une autrice‑compositrice, s’est traduit par des retombées financières importantes : droits d’auteur, passages radio et exploitations commerciales ont transformé cette commande en véritable jackpot.
Un succès commercial, un souvenir mitigé
Pourtant, ce carton commercial ne semble pas laisser à Catherine Lara un souvenir artistique particulièrement glorieux. Interrogée par Jordan De Luxe, la musicienne a répété qu’il ne s’agissait pas du morceau dont elle était la plus fière. Sa posture est celle d’une artiste consciente du rôle demandé : « On ne m’a pas demandé d’écrire un Requiem. C’était un exercice de style. Genre on fait une chanson très populaire. »
Le contraste entre la destinée commerciale de la chanson et le parcours sportif auquel elle se rattachait est d’autant plus ironique que l’Équipe de France, sacrée en 1998, a vécu une débâcle historique en 2002 : éliminée dès le premier tour et sans inscrire le moindre but. Catherine Lara, fidèle à son sens de l’autodérision, l’évoque elle‑même en rappelant sèchement : « Sans un but, parce que cette année‑là, il n’y a pas eu de but. »
Malgré l’échec sportif, Tous ensemble s’est immiscé durablement dans l’espace public — stades, plateaux télévisés, radios — et dans la mémoire collective, démontrant que la popularité commerciale et la valeur artistique sont parfois dissociées.
Une carrière qui dépasse les chiffres
Réduire Catherine Lara à ce seul succès financier serait réducteur. Depuis plus de cinquante ans, elle construit une œuvre singulière, mêlant chanson française, rock et influences classiques. Nuit magique, qui lui a valu une Victoire de la musique en 1987, demeure une référence de son répertoire et illustre sa capacité à allier exigence musicale et mélodie populaire.
Au fil des décennies, elle a vendu des millions d’albums et multiplié les tournées. Elle a aussi élargi son champ d’action : la compositrice a notamment signé des musiques pour la télévision, dont celles de la série Capitaine Marleau, portée par la réalisatrice Josée Dayan, un travail qu’elle dit apprécier.
Par ailleurs, Catherine Lara a toujours assumé un rapport pragmatique à l’argent. En 2018, elle a reconnu avoir accepté certains projets davantage « alimentaires » et a plaisanté sur sa participation à la tournée Âge tendre et tête de bois en évoquant « arthrose et jambe de bois ». Cette franchise témoigne d’un tempérament indépendant, qui n’hésite pas à concilier création et nécessité.
Aujourd’hui installée dans les Yvelines, sur un terrain d’environ 4 000 m², elle vit avec sa compagne Samantha depuis plus de vingt‑cinq ans. À 81 ans, Catherine Lara demeure une musicienne exigeante et libre, qui parle ouvertement d’argent, de choix et de contradictions.
Si Tous ensemble lui a offert un gain financier considérable, elle préfère se définir par ses chansons personnelles et son travail artistique plutôt que par un tube « de commande ». Derrière le succès planétaire de cette chanson populaire, il y avait surtout une compositrice capable de transformer une commande en phénomène commercial — sans pour autant en faire son étendard artistique.


