Le chef Philippe Etchebest et une cinquantaine de grands cuisiniers français ont signé, ce dimanche 17 mai, une tribune publiée dans Le Monde pour alerter sur la situation des jeunes agriculteurs et réclamer des mesures « radicales » afin de préserver la relève agricole.
Un appel collectif publié dans Le Monde
Dans cette tribune, les signataires — parmi lesquels Philippe Etchebest et Thierry Marx — tirent la sonnette d’alarme : la précarité des exploitations et la raréfaction des terres menacent non seulement la possibilité d’installation des jeunes, mais aussi l’avenir même de certaines filières. Selon eux, les vulnérabilités des agriculteurs « sont d’autant plus grandes qu’elles ne font que gagner en intensité ». Ils pointent du doigt l’usage intensif d’intrants, l’érosion des sols, la pollution et l’urbanisation comme facteurs accélérateurs de cette raréfaction.
Les chefs demandent une réévaluation des aides destinées aux jeunes agriculteurs afin de leur permettre de s’installer et d’exercer leur métier dans des conditions dignes. Leur démarche, précise et collective, vise à faire entrer ce dossier au cœur du débat public — et, espèrent-ils, dans la campagne présidentielle de 2027.
Deux mesures revendiquées : fonds foncier et réduction d’impôt ciblée
Les cinquante signataires formulent deux propositions concrètes et coordonnées. La première est la création d’un fonds foncier national, abondé par l’épargne citoyenne, destiné à faciliter l’accès au foncier pour les jeunes agriculteurs. La seconde consiste en des réductions d’impôt « fléchées vers des outils qui créent de la valeur à la ferme », afin d’encourager les investissements favorisant la durabilité et l’autonomie des exploitations.
Ces propositions s’inscrivent dans une logique de transition : réduire la pression sur la course à la productivité et privilégier des investissements qui renforcent la résilience des fermes. Les chefs estiment que des mesures publiques ciblées et un engagement citoyen pourraient inverser certaines tendances négatives observées sur le terrain.
Critique de la ministre et relance du débat public
La tribune adresse également un message politique clair. Les signataires interpellent Annie Genevard, citée dans l’article comme « la ministre de l’Agriculture », et lui demandent d’accélérer la transition vers une agriculture durable. Ils contestent des propos récents attribués à la ministre, selon lesquels certaines exploitations en France seraient « trop grandes » — des remarques jugées, par les chefs, déconnectées des réalités économiques et écologiques rencontrées par les agriculteurs.
Thierry Marx, cité parmi les signataires, critique et conteste ces propos, illustrant la divergence de vues entre représentants politiques et acteurs de terrain. Les chefs espèrent que leur prise de position collective suscitera une réponse publique et des engagements concrets du gouvernement.
Contexte et portée de l’initiative
Philippe Etchebest, présent ce 17 mai comme invité spécial dans l’émission Vivement dimanche, animée par Michel Drucker, a profité de sa visibilité médiatique pour rappeler l’urgence de la situation. L’initiative rassemble des professionnels de la restauration qui, par leurs achats et leurs relations avec les producteurs, sont directement concernés par la vitalité du tissu agricole local.
La tribune met en lumière une préoccupation partagée : la possible « disparition des champs » et, corrélativement, la disparition d’exploitations agricoles et de savoir-faire. Les chefs demandent une politique publique cohérente, capable de soutenir l’installation des jeunes et de préserver les terres cultivables.
Reste la question de l’accueil réservé à ces demandes par les décideurs : la mise en place d’un fonds foncier national ou d’avantages fiscaux ciblés suppose des choix budgétaires et politiques importants. Les signataires posent ainsi un marqueur clair dans le débat public, en espérant transformer l’appel en mesures tangibles.
La tribune s’inscrit dans un mouvement de prises de parole d’acteurs non directement politiques mais fortement impliqués dans les filières alimentaires. Leur stratégie est double : attirer l’attention de l’opinion et solliciter une réaction rapide des pouvoirs publics sur des mesures précises.
Au-delà de l’outil proposé, la question centrale demeure : comment conjuguer soutien à l’installation, préservation du foncier et transition agroécologique sans sacrifier la viabilité économique des exploitations ? Les cinquante chefs posent aujourd’hui ce défi, laissant aux responsables politiques la responsabilité d’y répondre.


