Ce 15 mai 2026, Jul joue au Stade de France devant des dizaines de milliers de spectateurs — une nouvelle consécration pour l’artiste marseillais. Mais loin des chiffres et des records, c’est surtout un attachement viscéral à Marseille qui traverse sa carrière et alimente son image publique.
Des débuts à la cité Louis-Loucheur
Né Julien Mari le 14 janvier 1990, Jul grandit dans le quartier Saint-Jean-du-Désert, dans le 5e arrondissement de Marseille. Il passe son enfance dans la cité Louis-Loucheur, un ensemble HLM qui figure aujourd’hui comme le décor originel de son récit personnel et artistique.
Dès l’adolescence, la musique prend le pas sur d’autres ambitions. À 12 ans, il écrit déjà ses premiers textes. Passionné de football, il fréquente un temps La Commanderie, le centre d’entraînement de l’Olympique de Marseille, avant qu’une blessure ne mette un terme à ce projet. À 17 ans, exclu de son BEP vente, il enchaîne les petits boulots et travaille notamment avec son père sur des chantiers de piscines. Avec sa première paie, il achète un micro et une carte son — l’investissement qui lancera sa carrière.
Sous le nom de Juliano 135, référence à son quartier, il compose et produit des morceaux faits maison. Son style artisanal et ses premiers singles attirent l’attention du label marseillais Liga One Industry. En 2013, le single « Sort le cross volé » circule largement sur internet. L’album Dans ma paranoïa, paru quelques mois plus tard, confirme son départ vers la scène nationale.
Marseille comme décor et personnage
Tout au long de sa trajectoire, Marseille n’est pas seulement un lieu d’origine : c’est un personnage qui revient sans cesse dans son œuvre. La Canebière, le Vieux-Port, les quartiers Nord, l’Escale Borély ou le boulevard Sakakini sont autant de repères évoqués dans ses clips et ses refrains.
Cette représentation brute et locale se voit déjà dans ses premières vidéos, tournées dans les cités avec ses amis d’enfance. Les images montrent un univers solaire, parfois dur, mais profondément ancré dans la vie quotidienne marseillaise : scooters, city stades, soirées improvisées et promenades au bord de la mer y tiennent une large place.
Le phénomène prend une dimension collective avec 13 Organisé, en 2020, un projet qui réunit les figures du rap marseillais et propulse le morceau Bande organisée au rang de raz-de-marée culturel. Le clip, tourné dans des lieux emblématiques de la ville et réunissant des artistes comme SCH, Soso Maness, Alonzo ou Naps, accumule des centaines de millions de vues et participe à la mise en lumière nationale de Marseille.
Un lien public et intime avec la ville
Jul a aussi tissé une relation particulière avec le Stade Vélodrome. Supporter de l’Olympique de Marseille, il s’y produit et y fait des apparitions remarquées. En 2022, il donne un concert devant plus de 60 000 personnes ; il en fera la chronique dans le morceau « 4 juin 2022 » avec la phrase « En claquettes dans la zone, j’fais chanter tout le Vélodrome ». Ce type d’événement renforce son statut d’icône populaire locale.
Sa communication est volontairement directe : peu d’interviews formelles, une présence massive sur les réseaux sociaux et une relation frontale avec la « Team Jul », ce public fidèle qui reprend ses gestes et son vocabulaire, notamment le mot « Mercé ». Même ses boutiques éphémères attirent foule et files d’attente, comme aux Terrasses du Port, où ses vêtements siglés D’Or et de Platine ont créé l’événement.
Production, influences et reconnaissance
Sur le plan musical, Jul s’est imposé par une productivité rare : plusieurs albums par an, des tubes récurrents et des millions d’écoutes sur les plateformes. Son univers sonique, marqué par l’Auto-Tune, des rythmes dansants et des mélodies mélancoliques, incorpore aussi des influences diverses, du raï à l’eurodance en passant par la variété.
Si ses débuts ont suscité des critiques, il a peu à peu gagné une reconnaissance plus large. Des artistes du paysage rap français ont salué son impact et sa longévité ; certains ont comparé son rôle populaire à celui d’une figure majeure de la scène nationale. Jul, lui, reste fidèle à une esthétique simple et directe : il retourne régulièrement filmer les rues de son enfance, comme pour rappeler que, malgré les succès et les records, son point d’ancrage demeure Marseille.
Ce 15 mai 2026 au Stade de France, comme en d’autres lieux, l’artiste confirme cette double réalité : une réussite commerciale impressionnante et un attachement intime et constant à la ville qui l’a vu naître.


