Il y a tout juste quinze ans (en 2011), la disparition de Xavier Dupont de Ligonnès a choqué la France : sa femme et ses quatre enfants avaient été retrouvés tués dans leur jardin, et lui s’était volatilisé. Quinze ans plus tard, la co‑directrice d’une auberge où il a séjourné quelques jours après les faits livre un nouveau témoignage qui ravive l’étrangeté de cette affaire toujours non élucidée.
Un séjour qui, rétrospectivement, dérange
Sylvie Boucher, co‑directrice de l’Auberge de Cassagne & Spa (au Pontet), se souvient précisément de l’homme qui avait réservé à la dernière minute et obtenu une chambre surclassée. À l’époque, raconte‑t‑elle, l’affaire n’avait pas encore envahi les médias et son comportement ne laissait rien présager d’extraordinaire.
« C’est vrai qu’il parlait beaucoup, il n’était pas discret du tout et pas en retrait. Et c’est ce qui nous a vraiment surpris après », confie‑t‑elle. La précision sur la personnalité — loquace et visible plutôt que furtive — est ce qui a frappé la direction une fois que les crimes ont été découverts.
Pendant son repas, Xavier Dupont de Ligonnès aurait commandé et consommé une bonne bouteille de vin alors qu’il était seul. « Il m’avait fait un petit coucou du haut de son balcon et c’est vrai que ça m’avait attiré l’œil », ajoute Sylvie Boucher, qui précise toutefois : « on a beaucoup d’habitués dans la maison donc j’étais allée voir quand même. Mais non il n’était jamais venu. »
Des mots qui pèsent lourd face à l’incompréhension
La co‑directrice se rappelle aussi de l’impact émotionnel particulier que le dossier a eu pour elle et son équipe. « On avait à l’époque des enfants, il y a onze ans, des enfants du même âge que les siens donc ça touchait encore beaucoup plus », relate‑t‑elle. Ce souvenir personnel renforce l’étonnement face à l’apparente normalité du séjour.
Avec le recul, Sylvie Boucher continue d’éprouver de la difficulté à concilier le comportement observé et l’ampleur du drame. « Le fait de se dire : comment on peut arriver à faire disparaître toute une famille comme ça ? », confie‑t‑elle. Puis, soupire : « Il a quand même passé un séjour dans Casagne. C’était quand même quelque chose je crois qu’on ne peut pas penser plus horrible. On se dit que rien ne transparaissait sur ce monsieur quoi. »
Ce témoignage s’ajoute à une longue série d’éléments qui ont jalonné l’enquête et la mystique médiatique autour de l’affaire : rumeurs et hypothèses contradictoires, individus confondus avec le fugitif, relances d’enquête à l’étranger — notamment des pistes évoquées récemment aux États‑Unis — et même des appels publics de membres de la famille, comme celui du beau‑frère invitant Xavier Dupont de Ligonnès à se rendre. À ce jour, ces efforts n’ont pas permis d’apporter une réponse définitive.
La directrice insiste sur l’étrangeté du contraste entre la banalité apparente de ce passage à l’auberge et la gravité des événements qui étaient liés à l’homme que son équipe avait accueilli. Ce contraste nourrit encore aujourd’hui l’incompréhension du public et des acteurs de l’hôtellerie qui l’ont croisé.
Sur le plan judiciaire et médiatique, l’affaire reste l’un des dossiers les plus suivis et les plus commentés en France. Quinze ans après, chaque témoignage local — même anodin au moment des faits — est repris avec une attention particulière parce qu’il éclaire la personnalité et les gestes du principal suspect au moment précis de sa disparition.
🔎 Passage de Xavier Dupont De Ligonnès à l’Auberge de Cassagne, il y a 15 ans. Derrière un sourire de circonstance et une indiscutable pudeur, la directrice de cette Auberge réputée du Pontet nous confie l’épilogue de la visite du suspect principal de ce quintuple homicide. pic.twitter.com/GpGeXHiQA4


