La scène a des airs d’ironie historique : au printemps 2026, une proche du fondateur du Front national est intervenue publiquement pour tenter de protéger un salarié en situation irrégulière employé au sein de la famille Le Pen. Selon Le Parisien, cet homme, un ressortissant marocain âgé de 32 ans, a finalement été expulsé vers le Maroc après une procédure administrative menée dans les Hauts-de-Seine.
Une présence discrète, puis une interpellation
L’histoire commence en 2017, lorsque Hatim B. arrive en France sans titre de séjour. Recruté pour entretenir la villa familiale, il vit et travaille depuis plusieurs années dans l’intimité du foyer. Les éléments publiés ne donnent pas de détails précis sur les modalités administratives de son embauche, mais établissent que sa situation irrégulière n’a jamais été régularisée.
Tout bascule un mardi : l’homme est interpellé et placé en rétention sur décision du préfet des Hauts-de-Seine, Alexandre Brugère. Le lendemain, Jany Le Pen, veuve de Jean‑Marie Le Pen et âgée de 96 ans, se rend au local de rétention administrative de Nanterre pendant environ quarante minutes, accompagnée d’une proche. Elle y exprime sa volonté de mandater un avocat et cherche manifestement à obtenir un sursis pour son employé. Malgré cette démarche, la procédure suit son cours : le jeudi suivant, à 12h30, Hatim B. embarque à bord d’un vol à destination du Maroc.
La symbolique et la contradiction
La situation est lourde de symboles. La famille Le Pen s’est construite politiquement autour d’une ligne ferme sur l’immigration ; elle employait pourtant, dans l’ombre de sa propriété, un travailleur en situation irrégulière. Ce contraste a été souligné par plusieurs observateurs depuis la publication des faits par Le Parisien.
La visite de Jany Le Pen au centre de rétention a été perçue autant comme un geste humain que comme un acte à forte portée symbolique. Les informations disponibles indiquent que son intervention n’a pas modifié la décision administrative prise par la préfecture.
Une politique préfectorale affichée
La fermeté appliquée dans ce dossier s’inscrit dans la politique menée par le préfet Alexandre Brugère, mis en avant par Le Parisien comme l’un des représentants locaux de l’État les plus déterminés en matière d’éloignement des étrangers en situation irrégulière.
Lors d’un discours prononcé mi‑avril devant le conseil départemental, le préfet a détaillé des chiffres chiffrant une progression nette des expulsions : entre novembre 2024 et novembre 2025, elles seraient passées de 425 à 643, soit une augmentation de 51 %. D’autres indicateurs cités montrent une accélération des mesures coercitives : placements en rétention en hausse de 15 % sur un an, recours contre les remises en liberté en progression de 55 %, et assignations à résidence multipliées par sept, passant de 270 à près de 1 900 dans la même période.
Le préfet a également évoqué des dispositifs destinés à accélérer les départs, dont une convention signée en juin 2025 avec la maison d’arrêt de Nanterre et le parquet local. Selon les éléments publiés, trente personnes sont déjà parties dans ce cadre et une dizaine d’autres sont en passe de le faire. Une aide financière au retour volontaire a été mise en avant comme alternative aux éloignements forcés, que le préfet estime plus coûteux pour la collectivité — il cite un coût moyen d’environ 13 000 euros par éloignement forcé.
Ce que disent les faits — et ce qu’ils ne disent pas
Les faits publiés dressent le portrait d’un dossier administratif tranché : malgré l’intervention d’une proche de la famille, la décision préfectorale a prévalu et l’expulsion a été exécutée. Les chiffres avancés par la préfecture donnent une clé d’explication quant à la détermination des autorités locales à appliquer une politique d’éloignement renforcée.
Cependant, plusieurs éléments restent imprécis dans les informations diffusées : les circonstances exactes de l’embauche de Hatim B., les démarches administratives éventuellement entreprises en sa faveur avant son interpellation, et la nature précise des moyens juridiques annoncés par Jany Le Pen. Les pièces judiciaires ou administratives détaillées n’ont pas été publiées dans l’ensemble des comptes rendus à ce jour.
Reste que, au‑delà du cas individuel, cette affaire illustre une tension politique et symbolique : la mise en œuvre d’une politique d’immigration stricte par des autorités qui s’applique aussi à des personnes insérées dans des maisons aux affiliations publiques connues. L’expulsion de l’employé de la famille Le Pen cristallise ces contradictions et relance le débat sur la cohérence entre paroles publiques et pratiques privées.


