Alice Taglioni est revenue, au micro de France Inter, sur une période de sa vie où l’image publique et les regards pesants ont façonné son rapport à son corps. Repérée à 19 ans dans la rue par une agence, elle a d’abord connu les podiums et les flashs des photographes avant de se tourner vers le cinéma. Mais ces premiers pas dans le mannequinat l’ont profondément marquée.
Des débuts prometteurs assombris par les critiques
À 19 ans, la jeune femme intègre une agence où elle reste environ deux ans. Cette période, qui aurait pu être une vitrine, s’est transformée en source d’angoisses. « Tout au long de ces deux ans où je suis restée dans cette agence, j’ai entendu : ‘Il faut que tu maigrisses’ », confie-t-elle. Ces remarques répétées ont laissé des traces et l’ont conduite à « connaître ces affres douloureuses du problème alimentaire ».
Alice Taglioni explique que ses complexes ne datent pas seulement du mannequinat, mais étaient déjà présents à l’école. Le regard extérieur, les injonctions au corps « idéal » et la pression de l’industrie de la mode expliquent en partie le malaise qu’elle a ressenti. Elle admet aujourd’hui ne pas s’être sentie bien dans sa peau à cette époque.
Quand la grossophobie devient un mot pour décrire une réalité
Dans l’entretien, la comédienne évoque sans détour la grossophobie subie. « Ce n’est pas que moi qui le savais, j’ai fait face à ce qu’on appelle maintenant de la grossophobie. Ça vous fait peut-être rire maintenant, j’étais ronde », confie-t-elle. Elle contextualise en donnant sa taille : « Je faisais 1m79. J’étais visible. J’avais des formes, de la poitrine, des hanches. J’étais trop visible. C’est exactement ça. Il faut trouver un moyen de se cacher. »
Ces mots illustrent la double peine d’une jeune femme « visible » dans un univers qui valorise souvent la minceur. La moquerie liée au poids et les remarques sur l’apparence ont contribué à alimenter son mal-être et les troubles alimentaires qu’elle mentionne.
Le cinéma et la musique comme refuges
Après le mannequinat, Alice Taglioni s’est consacrée au cinéma. Elle rencontre Jocelyn Quivrin en 2003 ; le couple aura un fils. L’acteur meurt en 2009, dans un accident de la route, huit mois après la naissance de leur enfant — un événement tragique que la comédienne a vécu au cœur de sa vie privée.
C’est en parallèle de sa carrière d’actrice qu’elle s’est tournée vers la musique et, plus précisément, le piano. Elle confie que cet instrument a joué un rôle protecteur : « Le piano a été formidable, parce qu’il m’a cachée. J’avais besoin d’être aimée pour ce que j’étais (…) Moi la première fois qu’on m’a dit qu’on me trouvait jolie que je me suis vue à l’écran, je me suis dis : ‘ce n’est pas possible’. »
Regarder son image à l’écran lui a permis d’éprouver une perception différente d’elle-même : « En fait, je me suis vue à l’écran et je me suis vue différemment. J’ai regardé quelqu’un qui était devant moi sur un écran, ce n’était pas du tout moi devant la glace. Ça n’a rien à voir. » Ces phrases synthétisent un basculement intime : la reconquête d’une estime personnelle qui avait été fragilisée par les années de jugement et d’exigences externes.
Au fil de l’entretien, le tableau qui se dessine est celui d’un long chemin vers l’acceptation. Le travail artistique — cinéma et musique — a servi d’échappatoire mais aussi d’outil de transformation, en offrant à Alice Taglioni des occasions de se voir autrement et d’être appréciée pour son talent plutôt que seulement pour son apparence.
La comédienne, compagne de Laurent Delahousse, a choisi de partager ce récit intime au micro de Sonia Devillers dans Le Grand Portrait du lundi 13 avril, rappelant que les parcours personnels restent souvent méconnus derrière les images publiques.
Illustration sonore et partage public de souvenirs : la séquence de l’émission, relayée sur les réseaux, comporte notamment ce passage citant le piano et la capture du moment où elle se découvre à l’écran. ➡️ https://t.co/iudZwxsziZ pic.twitter.com/Ag9DLamgty


