Mathieu Kassovitz fustige le manque de courage des politiques et explique pourquoi il pourrait rompre son abstention pour apporter son soutien à Dominique de Villepin

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Dans un entretien sans détour accordé au magazine Marianne, le réalisateur et acteur Mathieu Kassovitz livre une charge virulente contre la classe politique française qu’il juge dépourvue de courage et de vision. Engagé actuellement sur le tournage de La Bataille de Gaulle, où il incarne l’amiral Darlan, l’auteur de La Haine mêle nostalgie gaullienne et analyse acerbe de l’état des élites. Fidèle à son franc-parler, il annonce même qu’il pourrait rompre avec son abstentionnisme électoral pour soutenir Dominique de Villepin.

Un héritage gaullien invoqué sans euphémisme

Interrogé sur la figure du général de Gaulle, Kassovitz n’emploie pas de demi-teinte : pour lui, le chef de la France libre symbolise « une grosse paire de couilles ». Cette formule, volontairement imagée, résume son reproche principal adressé aux dirigeants actuels : l’incapacité à prendre des risques personnels et à conduire l’action plutôt que la communication.

Le cinéaste fustige l’habitude qu’auraient certains responsables politiques de rester à l’abri, « préférant envoyer les autres au front », au lieu de « guider par l’action ». Selon lui, le réemploi opportuniste de la figure gaulliste par tous les courants — de la France Insoumise au Rassemblement National — dévoie la notion même de courage politique : on ne peut se réclamer d’un tel héritage que si l’on est prêt à « aller au feu ».

Pour illustrer ce constat, Kassovitz se réfère au rôle ambigu et opportuniste de l’amiral Darlan durant la Seconde Guerre mondiale, personnage qu’il interprète à l’écran. Ce parallèle sert à dénoncer ce qu’il perçoit comme une évolution des élites vers le pragmatisme personnel, au détriment d’une vision collective et assumée.

La nostalgie Chirac-Villepin et un soutien assumé

Le réalisateur place Jacques Chirac au rang des rares hommes politiques qui, selon lui, ont incarné ce mélange de fermeté et d’humanité. Il reconnaît d’ailleurs avoir modifié son jugement sur l’ancien président : après avoir évoqué des déclarations passées — notamment l’expression controversée sur « le bruit et l’odeur » — Kassovitz souligne aujourd’hui l’action humaniste de Chirac, en particulier lors de son dernier mandat.

De cette filiation, il tire une préférence marquée pour Dominique de Villepin. Le tournant clé évoqué est le refus français d’intervenir en Irak en 2003, moment où, dit-il, « le monde était prêt à faire n’importe quoi ». Grâce à des contacts professionnels — notamment via le réalisateur Antonin Baudry, ancien conseiller diplomatique de Villepin — Kassovitz a pu échanger avec l’ancien Premier ministre et en retire une impression forte : Dominique de Villepin représente, à ses yeux, la « seule option raisonnable » dans le paysage politique actuel.

Cette position est d’autant plus notable que Kassovitz affirme n’avoir « jamais voté de sa vie à aucune élection ». L’acte de rompre avec cette abstention serait donc, pour lui, exceptionnel et motivé par la personnalité et le comportement d’un homme plutôt que par un appareil ou un parti.

Un artiste indépendant entre cinéma et prises de position

Sur le plan professionnel, Kassovitz poursuit plusieurs projets ambitieux. Il prépare l’adaptation de la bande dessinée La bête est morte !, annoncée pour Noël 2027, avec un budget évoqué de 25 millions d’euros. Il évoque l’usage d’outils innovants, dont l’intelligence artificielle, pour stimuler la créativité artisanale et contrer une cinématographie trop dépendante des effets spéciaux numériques.

Sur le plan des alliances et des engagements, il se positionne en marge des tribunes collectives les plus médiatiques. Par exemple, il n’a pas signé la tribune Zapper Bolloré, préférant valoriser son travail direct avec le groupe Canal+. Plutôt que d’entrer dans des campagnes publiques, il affirme privilégier la « révolution à travers leur art » et encourage ses pairs à porter leurs convictions dans leurs œuvres.

Toujours fidèle à son ton parfois provoquant, Kassovitz glisse aussi une touche d’ironie en suggérant que, si Vincent Bolloré venait à produire des films, cela n’aurait pas d’importance à ses yeux pourvu que les projets aient de la substance.

Au terme de cet entretien, se dégage le portrait d’un artiste qui mêle héritage historique, exigence morale et pragmatisme culturel. Sans se transformer en homme politique, Kassovitz affirme qu’il est prêt, sous certaines conditions, à franchir le pas civique et à soutenir une figure qu’il estime capable d’incarner un cap.

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