Vingt-deux ans après sa participation à Koh-Lanta, Raphaël Andrès continue de cultiver le goût du défi. Révélé au grand public lors de la quatrième édition du jeu en 2004, l’aventurier originaire d’Épervans reste associé à un épisode marquant : la capture d’un requin à mains nues, un exploit qui l’a durablement inscrit dans la mémoire des téléspectateurs.
Un projet fou relancé après un premier refus
Souvent présenté comme un éternel touche-à-tout, Raphaël n’a jamais dissimulé son attachement à l’aventure réelle, loin des seules caméras. C’est dans cet état d’esprit qu’il a imaginé, en 2022, un projet aussi spectaculaire qu’insolite : fabriquer un radeau à partir de neuf baignoires et descendre environ 500 kilomètres de voies navigables françaises, de Chalon-sur-Saône jusqu’à Fos-sur-Mer, pour rejoindre la Méditerranée.
Le projet initial a buté sur des contraintes réglementaires. Voies Navigables de France (VNF) a estimé que l’embarcation ne respectait pas les normes de sécurité, contraignant Raphaël à interrompre son initiative. L’intérêt n’a pourtant pas faibli : « Si la VNF n’avait pas embêté, ça fait longtemps que le trip serait fait », confie-t-il, sans animosité mais avec la ténacité qui le caractérise.
El Do Radeau : douche renforcée et moteur bricolé
La deuxième version du radeau, baptisée « El Do Radeau », est aujourd’hui en cours de finition. L’appellation, contraction d’« Eldorado », reflète l’affect qu’il porte à ce projet : « C’est de l’or dans mon cœur », dit-il simplement. Le départ est prévu pour cet été, accompagné de sa compagne thaïlandaise, May.
Pour obtenir l’agrément des autorités, Raphaël a remanié l’embarcation. Les baignoires seront remplies de mousse expansive pour garantir l’insubmersibilité ; des garde-corps en inox entoureront le radeau, conformément aux équivalents des bateaux de plaisance. Des vidéos de démonstration seront tournées et transmises aux services compétents afin de valider la conformité technique de l’ensemble.
La propulsion a également évolué. Là où l’idée initiale incluait une descente « intégralement en pédalo », Raphaël admet aujourd’hui que VNF a exigé la présence d’un moteur. Il a récupéré un moteur thermique issu d’un groupe électrogène, auquel il a adjoint un variateur de scooter, constituant ainsi une solution maison qu’il qualifie d’« horloge » quant à son montage. Une voile complétera le dispositif lorsque le vent sera favorable.
Sur le plan de l’autonomie, l’« El Do Radeau » se veut prévu pour la vie au fil de l’eau : matelas gonflable rechargé par panneaux solaires, moustiquaire, petit lavabo et même un réfrigérateur à gaz de type camping-car figurent parmi le matériel embarqué. Chaque soir, le couple prévoit de dormir sur l’embarcation, « c’est l’aventure, c’est le but », résume Raphaël.
Une publication partagée via Instagram a déjà permis de suivre l’avancée du chantier et d’illustrer certaines étapes de la construction, sans pour autant livrer tous les détails administratifs ni les autorisations définitives attendues.
Entre débrouille et exigence réglementaire
Le cas de Raphaël illustre la tension fréquente entre imagination bricolée et exigences de sécurité sur les voies navigables. Son projet mêle débrouille artisanale et démarches pour se conformer aux règles : renforts structurels, dispositifs de flottabilité, équipements de sécurité et démonstrations techniques destinées aux contrôles officiels.
Raphaël relativise par ailleurs la portée de son passé télévisuel. À propos de son expérience dans Koh-Lanta, il aimait à dire : « Koh-Lanta ne m’a rien appris. C’est plutôt moi qui leur ai appris des choses. » Une formule qui, plus qu’une provocation, souligne son rapport intime à l’aventure et à l’expérience vécue, bien antérieure à sa notoriété médiatique.
À mesure que les finitions avancent, le regard se tournera vers VNF et les autorités locales pour connaître les dernières validations nécessaires. Pour l’heure, l’« El Do Radeau » reste l’expression d’un défi personnel, mêlant goût du spectacle, sens pratique et volonté de repousser les contraintes, dans la continuité d’un parcours commencé il y a plus de deux décennies.
Mentionnés dans cet article : Koh-Lanta, Voies Navigables de France (VNF), Chalon-sur-Saône, Fos-sur-Mer.


