La nomination de Gérard Darmon à la présidence du jury du Festival du premier film de La Ciotat, prévu du 10 au 14 juin 2026, provoque une vive polémique dans le milieu culturel et local.
Le choix assumé par la direction artistique
Ce jeudi 21 mai 2026, Yves Alion, responsable de la programmation du festival, a défendu publiquement la décision de confier la présidence du jury à l’acteur. Interrogé sur les réactions suscitées par ce choix, il a exprimé son embarras face à ce qu’il appelle « le vertige actuel autour de MeToo ». « Ça me gêne qu’on vienne éplucher le CV de tous les gens qui ont un petit nom », a-t-il déclaré, avant d’affirmer sans détour : « Il restera président ». Cette prise de position tranche nettement avec les réactions d’une partie du public et des bénévoles du festival.
La nomination, annoncée en amont de l’édition, visait à valoriser un nom connu du cinéma français pour présider un jury dédié aux premiers films. Mais la décision a réveillé des débats sur la responsabilité des institutions culturelles face aux accusations pesant sur des personnalités médiatiques.
Les témoignages qui opposent la parole des victimes et la présomption d’innocence
Selon le quotidien Politis, neuf femmes ont témoigné à propos de faits de violences sexistes et sexuelles impliquant Gérard Darmon. Parmi elles, une seule aurait entamé des démarches judiciaires : une ancienne assistante stagiaire sur le film Vous êtes jeune, vous êtes beaux, qui aurait porté une action civile contre la société de production.
Cette plaignante affirme que, lorsque Gérard Darmon avait 70 ans et qu’elle en avait 19, l’acteur lui aurait proposé « d’aller chez [lui] » pour « faire l’amour ». Elle relate qu’après son refus, le comportement de l’acteur aurait changé et qu’il lui aurait parlé « extrêmement mal », lui lançant des propos tels que « bonjour chienne, tu préfères que je t’appelle chienne ou petite cochonne ? » Ces citations font partie des éléments publiés par Politis et repris dans le débat public.
D’autres femmes ont expliqué qu’elles n’avaient pas porté plainte, invoquant l’écart de pouvoir et la notoriété de l’acteur qui rendait, selon elles, la démarche intimidante et difficile. Face à ces témoignages, Gérard Darmon a nié les accusations et a affirmé n’avoir « jamais eu le moindre geste déplacé ».
Réactions locales et divisions au sein du festival
La décision a suscité des réactions vives parmi les équipes et les bénévoles du festival. Une bénévole de l’Eden-Théâtre, qui accueille l’événement chaque année, a déclaré : « C’est à vomir ». Elle précise qu’elle a appris la nouvelle début mai, lors d’une réunion, et qu’elle en a été « choquée ». Pour elle, qu’un homme soit mis en cause par des femmes qui disent avoir subi des choses devrait suffire à questionner la pertinence de sa présence à la tête du jury.
Ces propos illustrent la division interne : certains estiment que la programmation doit rester indépendante et que la présomption d’innocence doit être respectée tant qu’une condamnation n’est pas prononcée. D’autres, parmi les salariés, bénévoles et spectateurs, jugent qu’un signal fort doit être envoyé par les institutions culturelles pour prendre en compte la parole des personnes qui témoignent de violences.
Une décision qui interroge les choix institutionnels
Le cas soulève une question plus large : comment les festivals et les lieux de culture doivent-ils réagir lorsqu’une personnalité choisie pour son aura artistique est visée par des accusations ? La réponse n’est pas univoque et dépend à la fois du calendrier, de la nature des accusations, et des positions internes aux organisations.
Yves Alion a clairement tranché pour maintenir Gérard Darmon à la présidence, mais sa décision ne met pas fin au débat. À quelques semaines du début du festival, la direction assume son choix tout en affrontant une contestation publique qui pourrait peser sur la tenue de l’événement et sur l’ambiance autour des projections et rencontres.
Le dossier reste sensible : il oppose la protection de la parole des personnes se déclarant victimes et la nécessité, pour certains responsables culturels, de respecter la présomption d’innocence. Les prochains jours seront déterminants pour savoir si d’autres voix s’exprimeront et si des ajustements seront envisagés par les organisateurs.


