Netflix a publié le 13 mai 2026 Le Bus : Les Bleus en grève, un documentaire de 79 minutes qui revient sur l’un des épisodes les plus noirs de l’histoire du football français : la mutinerie de Knysna pendant la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Centré sur les tensions internes et les failles d’une équipe devenue symbole d’un fiasco collectif, le film s’appuie notamment sur des extraits du journal personnel de l’ancien sélectionneur Raymond Domenech.
Un regard intime sur la crise de 2010
La grève collective des joueurs après l’exclusion de Nicolas Anelka avait déjà fait l’objet de nombreux retours et enquêtes. Quinze ans plus tard, le documentaire choisit d’actualiser le récit en donnant une large place aux souvenirs et aux notes du coach de l’époque. Ces pages, lues à l’écran, permettent de mesurer l’émotion et la colère qui agitaient le staff à ce moment‑là.
Le film réunit plusieurs témoignages — dont Raymond Domenech, Patrice Évra et François Manardo — mais reste sobre en nombre d’intervenants. Les extraits du journal, eux, apportent une profondeur différente : ils montrent un sélectionneur confronté à l’effondrement d’une cohésion qu’il tentait de préserver.
Des propos durs sur plusieurs joueurs
Parmi les passages rendus publics, certains sont particulièrement incisifs. D’après les extraits cités par la presse, Raymond Domenech se montre très sévère avec plusieurs membres de l’équipe, et notamment avec Yoann Gourcuff. La phrase rapportée — « Gourcuff, mais qu’il est con. Autiste léger d’abord et con ensuite » — illustre la violence des ressentis consignés alors par le sélectionneur.
Ces attaques ne sont pas isolées : les notes de Domenech évoquent aussi Thierry Henry — « Thierry Henry est né le 17 août. Lion banal : il se regarde le nombril » — et critiquent le comportement d’Olivier Gallas et de Nicolas Anelka. Pour Anelka, le journal aurait par exemple laissé transparaître une exaspération franche : « Anelka qui est passé sans me regarder. Ce gros con ! »
Une fois la grève terminée, le ton ne s’adoucit pas dans le récit personnel du sélectionneur, qui commente ironiquement l’action collective : « C’est votre meilleure action collective de tout le Mondial. Le suicide est commis ! Alléluia ! » Ces formules montrent l’extrême tension et le sentiment d’irréparable qui dominaient à Knysna.
Pourquoi ces révélations ravivent la polémique
La publication de passages aussi intimes du journal de Raymond Domenech a relancé le débat autour des responsabilités et des mots employés à chaud. Pour les uns, ces extraits éclairent utilement l’état d’esprit du staff et offrent un angle inédit sur la crise. Pour d’autres, la diffusion de propos personnels — parfois insultants — interroge la dimension éthique de rendre publics des textes écrits dans l’urgence d’un événement traumatique.
Le documentaire creuse donc un sillon déjà largement exploré par les médias, mais en ajoutant cette matière première inédite. L’effet est double : il nourrit la curiosité des spectateurs mais il peut aussi être perçu comme une relance sensationnaliste d’une affaire qui, dans les faits, date de 2010.
Notons que Yoann Gourcuff, mentionné dans ces extraits et aujourd’hui connu pour sa vie privée médiatisée — il est le compagnon de l’animatrice Karine Ferri — n’est pas le seul à être montré sous un jour sévère. Le documentaire replace les critiques dans le contexte d’une équipe en crise, où frustrations, incompréhensions et épuisement psychologique se mêlaient.
Sur le fond, Le Bus : Les Bleus en grève propose une lecture à la fois historique et personnelle de Knysna : moins un renvoi des responsabilités à un individu qu’un portrait collectif d’un groupe en éclatement. Les mots, violents, renvoient à l’intensité du moment et à l’incapacité apparente, alors, à éviter le naufrage.
En l’absence d’un grand nombre de témoignages supplémentaires d’anciens joueurs, le documentaire repose largement sur la voix des protagonistes présents et sur ces écrits privés. Le choix de Netflix de diffuser ces passages privés devrait, à coup sûr, susciter des réactions parmi ceux qui ont vécu ces journées et parmi le public français, toujours attentif aux épisodes marquants de l’équipe nationale.


