Ce 7 mai 2026, Frank Michael fête ses 79 ans. Figure familière de la chanson romantique, le chanteur italo-belge — né Franco Gabelli — demeure profondément attaché à Seraing, près de Liège. Une commune discrète qui, au-delà des refrains d’amour, a servi de décor à l’un des films les plus marquants du cinéma européen : Rosetta, des frères Dardenne, Palme d’or à Cannes en 1999.
Seraing, décor brut d’un cinéma engagé
À première vue, Seraing n’a rien d’un plateau hollywoodien. Ancienne cité industrielle au passé ouvrier, elle offre un paysage de parkings, stations-service et zones industrielles — un réalisme cru qui a séduit Luc et Jean-Pierre Dardenne, figures du cinéma social. C’est précisément ce rendu au plus proche du quotidien qui a conduit à tourner Rosetta dans les rues mêmes où réside Frank Michael, créant un lien inattendu entre la chanson populaire et le cinéma d’auteur.
Le film suit le combat d’une jeune femme en situation précaire, obsédée par la recherche d’un emploi et d’une stabilité. Tourné « au plus près du réel », Rosetta utilise des lieux familiers aux habitants de Seraing. « Ici, on reconnaît chaque rue, chaque coin », confient souvent les riverains : une remarque qui témoigne de la proximité physique et symbolique entre le film et le quotidien local.
Émilie Dequenne : une révélation propulsée à Cannes
Sorti en 1999, Rosetta a non seulement remporté la Palme d’or au Festival de Cannes mais a aussi révélé Émilie Dequenne. À seulement 18 ans, l’actrice, choisie parmi des centaines de candidates pour son tout premier rôle, livre une interprétation intense et a reçu le prix d’interprétation féminine à Cannes. Sa prestation, qualifiée de « force incroyable » et de « vérité brute », a instantanément propulsé la jeune comédienne sur la scène internationale.
La récompense attribuée à Rosetta, décernée à l’unanimité, a surpris plus d’un observateur et constitué une consécration pour le cinéma belge. Pour les habitants de Seraing, cette reconnaissance mondiale a eu une résonance particulière : elle mettait en lumière un quotidien souvent ignoré et transformait leur ville en symbole du réalisme social porté à l’écran.
Frank Michael, témoin discret et fidèle à ses racines
Pendant que le cinéma investissait ses rues, Frank Michael poursuivait sa carrière loin des projecteurs du septième art. Avec plus de 10 millions de disques vendus, il s’impose comme une figure majeure de la chanson populaire francophone. Installé dans sa maison familiale et entouré des siens, il revendique une fidélité à ses origines : « C’est chez moi », dit-il simplement.
La proximité entre son domicile et certains lieux de tournage — parfois décrite comme « à quelques mètres » ou « à quelques pas » — souligne la cohabitation singulière, au cœur d’une même ville, d’histoires sociales, de tournages primés et d’une carrière musicale célébrée par le public. Rosetta n’est donc pas seulement un film primé ; pour les résidents de Seraing, c’est aussi une trace durable inscrite dans le décor quotidien.
Alors que Frank Michael célèbre son anniversaire, le souvenir de ce tournage résonne comme un épisode où deux trajectoires artistiques se sont croisées : l’une, celle d’un chanteur populaire profondément enraciné, l’autre, celle d’un film qui a pris la vie locale pour matière dramatique.
Dans cette ville marquée par son histoire industrielle, la mémoire collective garde les images d’un tournage devenu événement et la fierté d’avoir vu naître, sous leurs yeux, une actrice qui allait s’imposer sur la scène internationale. Pour Seraing, Rosetta reste une page importante du récit culturel local — et pour Frank Michael, une proximité discrète avec une œuvre devenue référence.


