Florent Manaudou se dévoile autrement. Le champion olympique, familier des podiums, est au centre d’un documentaire inédit baptisé « J’aime pas nager », présenté en avant‑première au festival Canneseries et annoncé pour une diffusion sur HBO Max. Le film promet un portrait franc et contrasté, loin de l’image lisse du sportif de haut niveau.
Un tournage conditionné par la compétition
Le projet démarre en 2023, à l’approche des Jeux olympiques de Paris 2024. Florent Manaudou accepte d’ouvrir les portes de son quotidien à une équipe de jeunes réalisateurs — Stéphane Chis, Maxime Chuchana, Léo Magnet et Justin Ray — mais pose une condition symbolique : le documentaire ne serait diffusé que s’il remportait une médaille aux Jeux. Cette clause, à la fois personnelle et cinématographique, transforme la compétition en enjeu double, sportif et narratif.
Aux Jeux, le nageur obtient deux médailles de bronze, l’une sur 50 mètres nage libre, l’autre au relais 4×100 mètres quatre nages. Ces résultats valident non seulement sa performance sportive, mais aussi la diffusion du film, selon la condition qu’il avait fixée.
Une image déconstruite
Contrairement aux documentaires qui magnifient le parcours d’un athlète, « J’aime pas nager » choisit la franchise. Le long métrage met en lumière des aspects moins connus de la vie de Manaudou : insomnies, excès, séances d’entraînement irrégulières et moments d’angoisse. Le titre provocateur — « J’aime pas nager » — renforce l’idée d’un rejet paradoxal chez un homme dédié depuis des années à la natation.
Ce constat de tension entre exigence et désir de liberté traverse le film. On y voit un sportif confronté aux attentes extérieures et aux siennes propres, oscillant entre la pression de la performance et une quête de sens qui dépasse les seules médailles.
Le documentaire invite ainsi à repenser la figure du champion. Derrière les succès et les six médailles olympiques qui jalonnent sa carrière, le portrait brosse l’image d’un individu complexe, parfois en rupture avec les codes du milieu sportif.
Une transition vers d’autres horizons
Au moment de la réalisation du film, Florent Manaudou traverse une phase de transition professionnelle. Le documentaire coïncide avec des tentatives de diversification : il explore notamment la comédie et s’est récemment vu confier un rôle important dans la saison 2 de la série A priori, diffusée sur France 3.
Par ailleurs, sa participation à l’édition 2025 de Danse avec les stars, où il est allé jusqu’en finale, témoigne d’un intérêt pour des formats médiatiques et artistiques différents. Le film fonctionne donc comme un pont entre deux vies : celle du champion récompensé et celle d’un homme qui cherche d’autres formes d’expression.
Les réalisateurs, jeunes et contemporains, ont privilégié un traitement brut et intime. Leur approche, axée sur la proximité et la mise à nu, vise à donner au public un accès direct aux doutes et aux contradictions de l’athlète, plutôt qu’une hagiographie traditionnelle.
Présenté comme un portrait sans artifices, « J’aime pas nager » interroge aussi la relation qu’entretiennent les sportifs avec leurs disciplines. Le film pose la question du coût psychologique de l’excellence et de la manière dont un champion peut, paradoxalement, éprouver du ressentiment envers l’activité qui a façonné son identité.
Reste à voir comment le public réagira à ce récit nuancé. Entre curiosité et surprise, le documentaire promet de susciter des discussions sur la représentation des athlètes dans les médias et sur les chemins de reconversion après une carrière sportive riche mais exigeante.


