Le film L’Abandon, annoncé début mars et consacré aux onze derniers jours de Samuel Paty, suscite déjà des réactions. Tourné « dans le plus grand des secrets », selon la production, ce biopic met en scène Antoine Reinartz dans le rôle de l’enseignant, aux côtés d’Emmanuelle Bercot. Interrogée sur RTL le 3 mars, la mère de la victime, Bernadette Paty, a livré son sentiment sur ce projet et sur le récent procès en appel.
Un procès aux peines inégales qui laisse la famille perplexe
La décision de la cour d’assises spéciale de Paris est tombée après cinq semaines de débats. En appel, Brahim Chnina, 54 ans, et Abdelhakim Sefrioui, 66 ans, ont été condamnés respectivement à dix et quinze ans de prison. Les juges ont en outre infligé des peines moins lourdes qu’en première instance à trois prévenus, une différence qui indigne la famille de l’enseignant.
« On ne comprend pas cet écart entre le premier et le second procès. On a l’impression que la cour a abandonné encore une fois Samuel », a déclaré Bernadette Paty lors de la matinale de Thomas Sotto sur RTL. Pour elle, ces décisions confirment que son fils s’est retrouvé isolé face à une campagne de haine qui l’a visé.
La tragédie reste celle survenue le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines, où Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie âgé de 47 ans, a été assassiné. Cinq ans plus tard, sa mère évoque la douleur quotidienne et la difficulté de se reconstruire pour son petit-fils, alors âgé de 5 ans au moment des faits.
Sur le plan personnel, Bernadette confie compter aujourd’hui sur des traitements pour tenir : « mes somnifères, mes antidépresseurs, mes anxiolytiques », dit-elle. « On a l’impression de vivre avec un boulet qui nous écrase », ajoute-t-elle, résumant la souffrance persistante de la famille.
« L’Abandon » : comment et pourquoi raconter ces onze derniers jours
Le projet de film L’Abandon a été annoncé par UGC le 2 mars. La chaîne de cinémas a précisé que l’équipe du film avait choisi de rester discrète pendant la production pour « donner la priorité à la justice et au procès en appel ». UGC a ajouté vouloir « que l’histoire de Samuel Paty ne tombe pas dans l’oubli ».
Réalisation, casting et calendrier sont déjà communiqués : le film a été tourné durant l’été 2025 sous la direction de Vincent Garenq. Antoine Reinartz incarne Samuel Paty ; Emmanuelle Bercot figure également au générique. La démarche, selon les annonces, vise à retracer les derniers jours de l’enseignant et à expliquer au public « ce qui s’est vraiment passé ».
La production insiste sur la délicatesse du sujet. Selon UGC, la discrétion de l’équipe avait pour objectif de ne pas perturber la procédure judiciaire en cours. Avec le verdict rendu en appel, la sortie du film prend une autre dimension pour ses promoteurs, qui espèrent raviver la mémoire de la victime.
Les réactions de la famille face au biopic
Interrogée sur le film, Bernadette Paty s’est montrée favorable à ce qu’on raconte l’histoire de son fils. « Je pense que ce film va faire connaître à tout le monde ce qui s’est vraiment passé, parce que Samuel s’est retrouvé tout seul, face à l’institution, face à la cabale menée contre lui », a-t-elle déclaré. Ces mots traduisent la volonté de la famille de préserver la mémoire de l’enseignant et d’expliquer le contexte des faits.
Si cette approbation familiale peut apaiser certains débats, le projet reste sensible. La mise en images d’une affaire encore fraîche pose des questions éthiques que les professionnels du cinéma et de la justice devront continuer à peser. Pour l’heure, l’annonce du film relance le débat médiatique et public sur ce qui a conduit à la mort de Samuel Paty et sur la manière de la raconter au grand public.
Qu’il s’agisse du verdict d’appel ou de la prochaine diffusion du biopic, la famille de l’enseignant et l’opinion publique semblent engagées dans une même préoccupation : que les faits et leur mémoire soient traités avec précision et respect.


