L’affaire autour du gynécologue d’Arras, Bernard Henric, alimente depuis plus d’une décennie les débats autour de la confiance patient‑médecin et des violences sexuelles dans le milieu médical. Mis en examen en novembre 2015 pour viols et agressions sexuelles, le praticien, présenté comme gynécologue endocrinologue et réputé dans la région, fait aujourd’hui l’objet de plaintes déposées par plus de soixante‑dix femmes. Malgré l’ampleur du dossier, le procès ne s’est pas encore tenu, et la récente radiation prononcée par l’Ordre des médecins n’a pas remplacé la confrontation judiciaire attendue par les plaignantes.
Un suivi médical sur plusieurs décennies
La relation entre la plupart des patientes et le praticien s’est tissée sur de longues années. L’une des anciennes patientes entendues par BFMTV raconte : « Je n’ai connu que lui, je n’avais que lui comme repère en tant que gynécologue ». Dans une spécialité où la confidentialité et la proximité sont centrales, le médecin devient souvent un interlocuteur régulier pour le suivi hormonal, les grossesses ou la ménopause.
Ce climat de confiance rend d’autant plus difficiles les révélations lorsque des écarts de conduite surviennent. Selon la plaignante, le praticien se montrait au départ « gentil » et « bienveillant », mais certains propos l’avaient déjà alertée. Elle rapporte que le médecin lui demandait parfois de se déshabiller entièrement et lui aurait dit : « Votre utérus est un vrai petit bijou ». Ces remarques l’avaient « alarmée », sans pour autant la pousser alors à rompre la relation médicale.
Le basculement décrit par une ancienne patiente
La patiente livre un récit détaillé d’une consultation présentée comme une séance de rééducation du périnée. Ce type de prise en charge est médicalement prescrit après un accouchement ou en cas de troubles spécifiques. Mais, selon elle, la séance a dépassé le cadre strictement médical : « C’était des mouvements de pénétration digitale, des mouvements de va‑et‑vient, une séance qui durait trois quarts d’heure », affirme‑t‑elle.
Elle souligne que le praticien se trouvait alors « dans un état d’excitation » et rapporte des propos qu’elle dit avoir entendus, citant : « Il m’a dit : ‘vous êtes bonne’ ». Face à cette situation, elle se dit être restée dans un état de sidération — un état de choc psychique qui empêche souvent toute réaction immédiate : ni fuite, ni cri, ni opposition. Elle a finalement porté plainte en août 2015.
Depuis la mise en examen en novembre 2015, le nombre de plaignantes n’a cessé d’augmenter. Les faits dénoncés revêtent des qualifications variées, allant des agressions sexuelles aux viols. Aujourd’hui, plus de soixante‑dix femmes ont saisi la justice, selon les informations rendues publiques.
Une décision disciplinaire, mais une attente judiciaire
Sur le plan disciplinaire, l’Ordre des médecins a pris une décision forte : la radiation de Bernard Henric. Cette sanction signifie la fin de son exercice médical autorisé. Pour autant, les plaignantes et leurs avocats insistent sur le caractère incomplet de cette réponse : seule une procédure pénale, menée jusqu’à son terme devant un tribunal, permettra, selon elles, d’obtenir une reconnaissance judiciaire des faits et des responsabilités.
Au fil des ans, l’attente d’un procès est devenue un élément central de la demande collective. Les victimes réclament non seulement la tenue d’une audience publique, mais aussi la possibilité de confronter leurs récits et d’obtenir réparation au plan pénal et moral.
Le témoignage diffusé par BFMTV illustre la difficulté pour des patientes de rompre un rapport de confiance et de sortir d’un état de sidération. Il souligne surtout les enjeux de transparence et de protection dans les pratiques médicales liées à l’intimité.
La parole des victimes, ici mise en lumière par un récit précis et poignant, a contribué à faire évoluer le dossier. Mais, dix ans après la première mise en examen, la procédure pénale attend toujours son calendrier. Les étapes à venir dépendront des décisions du parquet et des juridictions compétentes, ainsi que des suites données aux dépôts de plainte et aux expertises médicales éventuelles.
Ce dossier interroge plus largement la manière dont sont traitées les allégations d’abus dans le milieu médical et la capacité des institutions à concilier protection des patients et garanties procédurales pour les praticiens mis en cause. En l’état, les faits rapportés par les plaignantes restent au cœur d’une procédure en cours et d’un débat public autour de la sécurité des soins et de la parole des victimes.


