En janvier, Vanessa Le Moigne, journaliste pour beIN Sports depuis six ans, annonçait sur ses réseaux sociaux qu’elle mettait un terme à sa saison et qu’elle quittait le monde du football. Sa décision, présentée comme une libération, intervenait quelques semaines après la finale de la Coupe d’Afrique des Nations (Maroc–Sénégal), moment à partir duquel elle dit avoir été la cible d’une vague de cyberharcèlement.
Une finale qui a déclenché une vague d’insultes et de menaces
Invitée du média Herstory le mercredi 18 mars 2026, Vanessa Le Moigne est revenue en détail sur les messages violents qu’elle a reçus après son échange avec le gardien Édouard Mendy lors de la finale. « Tu viens avec passion, faire ton travail et faire plaisir aux gens, et ces gens-là te démontent, te menacent de mort, de viol et menacent tes enfants. Mais vous êtes complètement fous! » a-t-elle déclaré devant les caméras.
La journaliste explique avoir été habituée au cyberharcèlement tout au long des compétitions. Mais la finale de la CAN, dit-elle, a franchi un palier. « Le cyberharcèlement, je le vis à chaque compétition. Je m’y suis habituée et en vérité, cela ne me fait rien. En revanche, sur cette finale, cela a été exacerbé. Là, on a passé un cap : on a menacé de mort mes enfants. Là, je dis non, stop. »
Un traumatisme qui pèse sur le travail
Quatre jours après cette finale, Vanessa Le Moigne est revenue couvrir un match de Ligue 2. Elle reconnaît que ce retour n’a pas été facile. « Quatre jours après la finale de la CAN, je suis retournée sur la Ligue 2 et il fallait que je le fasse, sinon je ne serais jamais revenue. C’est un trauma, je le vois vraiment comme ça. »
Le harcèlement a affecté son quotidien professionnel : parfois, confie-t-elle, elle éprouve des difficultés à poser ses questions aux joueurs et aux entraîneurs. Face à cette fatigue émotionnelle, elle se dit en attente de la fin de saison et de la Coupe du monde pour tenter de « retrouver du sens à [son] travail ».
Dans son témoignage, la journaliste évoque aussi la dimension genrée des attaques. Elle rapporte qu’« dans tous les messages, il y a une seule femme qui m’a écrit des menaces. Cela dit que la place des femmes dans le monde du foot, c’est “tais‑toi !” ». Ce constat souligne, selon elle, la violence particulière dont peuvent être victimes les femmes qui exercent une fonction publique dans le milieu sportif.
Vanessa Le Moigne n’hésite pas à lier cette expérience personnelle à un enjeu collectif. Elle se souvient de son père, « mon premier téléspectateur », décédé l’année précédente. Elle lance un message aux parents : si un père tombe sur la vidéo de son témoignage, qu’il comprenne que ses réactions comptent. « Si vous voyez des petites filles sur les bords de terrain, si vous les voyez devant la télévision en train de regarder du foot, dites‑vous que cette petite fille‑là peut devenir comme moi, être piquée de football, de sport, et ce serait dommage de l’en priver juste parce qu’elle est née fille. »
Un appel à la prise de conscience
Le témoignage de Vanessa Le Moigne met en lumière la frontière ténue entre exposition médiatique et risques personnels. Sans s’étendre sur les suites judiciaires éventuelles, elle a choisi de rendre public son vécu afin d’alerter sur la portée et la gravité des menaces en ligne. La précision selon laquelle une femme faisait partie des agresseurs interroge également la complexité des dynamiques de genre au sein des communautés de supporters.
Son récit illustre comment le harcèlement numérique peut transformer une interaction professionnelle — ici, un échange autour d’un match — en une expérience traumatisante à impact familial et professionnel. Vanessa Le Moigne parle de « trauma » et de « stop », soulignant la nécessité de limites et d’une responsabilisation des comportements en ligne.
Restée fidèle à son rôle de journaliste jusqu’à l’annonce de sa pause, elle laisse ouverte la possibilité d’un retour, conditionné par la recherche de sens et par les échéances à venir, notamment la Coupe du monde. Son témoignage, relayé par Herstory, contribue à alimenter le débat sur la sécurité des journalistes sportifs et la place des femmes dans le football.


