Le 31 mars 2026, Patrick Sébastien a livré une audition musclée devant la commission d’enquête parlementaire sur le service public audiovisuel. Entouré de Michel Drucker et du journaliste Jacques Cardoze, l’ancien animateur du Plus grand cabaret du monde a pris la parole face au rapporteur Charles Alloncle et à une trentaine de députés, sans épargner ni dirigeants ni confrères.
Une audition attendue et controversée
Sa venue avait suscité des réserves. Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission et député Horizons, avait craint un glissement vers la « politique spectacle ». Il a finalement autorisé l’audition, que Patrick Sébastien a transformée en séquence très critique. Pendant de longues minutes, il a évoqué favoritisme, éviction qu’il juge « humiliante », fuites de documents confidentiels et même d’éventuels cadeaux entre responsables du service public et producteurs privés.
L’ancien animateur a précisé que son départ de France 2 reste une blessure après vingt-cinq ans de carrière sur le service public. Il affirme n’avoir reçu « aucun appel, aucune lettre » et indique que c’est sa femme qui aurait été contactée pour lui annoncer la nouvelle. Il a aussi dénoncé la diffusion sur les réseaux sociaux de ses contrats confidentiels survenue, selon lui, juste après une apparition chez Cyril Hanouna, et a estimé que cette fuite « ne peut venir que de France 2 » — formulation à prendre comme son interprétation.
Des attaques directes contre Delphine Ernotte
Dès le début de son intervention, Patrick Sébastien a ciblé Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions. « Pour moi, une patronne de service public doit représenter tout le service public, pas seulement ceux qui partagent son idéologie », a-t-il lancé, comparant la situation à un directeur d’hôpital qui refuserait des patients selon leurs opinions. Selon lui, « tout a changé » après l’arrivée de la dirigeante et elle aurait tout fait pour que ses émissions échouent, allant jusqu’à vouloir son départ.
Il a également critiqué l’émission Complément d’Enquête, accusée par ses soins d’avoir « monté un dossier contre lui avec de l’argent public » et de s’appuyer sur des « mensonges ». Ces accusations reflètent la version défendue par Patrick Sébastien lors de son audition.
Favoritisme présumé et chiffres à l’appui
Face au rapporteur Charles Alloncle, Patrick Sébastien a mis en cause Takis Candilis, ancien numéro deux de France Télévisions, qui avait affirmé devant la commission ne rien savoir des circonstances du départ de l’animateur. S’adressant aux députés, il a lancé : « Je crois qu’on vous a pris pour des imbéciles. »
Il a ensuite donné des chiffres qu’il juge révélateurs du traitement inégal : « Quand Takis Candilis est arrivé, moi j’avais seize prime time par an, Nagui en avait trois. » Il affirme qu’au fil des années les rôles se sont inversés, jusqu’à ce qu’il ne compte plus de prime times, tandis que Nagui en aurait eu onze. Patrick Sébastien a souligné des liens supposés entre certains animateurs et le groupe de production Banijay, suggérant que des décisions de programmation auraient pu être influencées par des intérêts privés. « Maintenant, vous tirez les conclusions que vous voulez », a-t-il ajouté.
Il a précisé ne pas affirmer de faits établis sur des échanges de cadeaux, mais a posé la question : « Il faudrait peut-être se poser la question si en échange de ce favoritisme il y a eu des cadeaux. Je n’affirme rien, je pose juste une question. […] Il est peut-être bon de savoir si des responsables chez France 2 vont passer leurs vacances dans des villas de producteurs privés ! » Il a reconnu qu’il disposait pour l’essentiel de « rumeurs » plutôt que de preuves formelles.
Conditions de tournage et rémunérations pointées du doigt
Patrick Sébastien a également dénoncé les conditions de tournage de N’oubliez pas les paroles, affirmant que les participants « ne toucheraient que cent euros pour une journée de quatorze enregistrements », tandis que, selon lui, la marge de la production serait importante. Il a déclaré : « J’ai des copains qui y sont allés derrière, ils touchent 100 euros pour la journée. Alors que la marge doit être de 40 ou 50 %. Ça me choque. » Ce passage a été relayé en image via un lien (pic.twitter.com/7GD2tObXdQ) pendant l’audition.
Sur la forme, Patrick Sébastien a dit reconnaître l’utilité de la commission d’enquête. Sur le fond, il a exprimé un scepticisme quant à la capacité de la réflexion parlementaire à provoquer des changements profonds : selon lui, des personnalités comme Delphine Ernotte resteraient « intouchables » tant que l’équilibre politique actuel ne bougera pas.
Cette audition fournit des éléments et des accusations portées par Patrick Sébastien. Certains points relèvent d’allégations et d’interprétations personnelles, d’autres s’appuient sur des chiffres avancés par l’animateur. La commission d’enquête, qui a entendu plusieurs acteurs du secteur, est chargée d’éclairer ces sujets et de confronter témoignages et documents pour en tirer des conclusions.


