Diffusé depuis le 10 octobre 2011, C Canteloup est devenu un rendez-vous quasi incontournable juste après le journal de 20 heures sur TF1. Présenté d’abord par Nikos Aliagas, puis par Alessandra Sublet, le programme est animé depuis septembre 2022 par Hélène Mannarino. L’élément central reste Nicolas Canteloup, humoriste de 62 ans, qui caricature chaque soir les personnalités de l’actualité.
Une émission à l’heure des parodies et des deepfakes
Au fil des ans, C Canteloup a évolué techniquement. L’arrivée des procédés dits de « deepfake » permet désormais à Canteloup de prendre le « visage » de célébrités à l’image. Le 26 janvier, le comédien a successivement incarné Donald Trump, Marine Le Pen — dans un sketch évoquant le meurtre d’un infirmier de 37 ans dans le Minnesota — puis Jordan Bardella, président du Rassemblement National.
La séquence qui a provoqué la polémique a commencé lorsque Hélène Mannarino a introduit un sujet en renvoyant à L’heure des Pros et au soutien affiché par Pascal Praud à Sonia Mabrouk, laquelle avait regretté le maintien de Jean‑Marc Morandini à l’antenne de CNews. Canteloup a rebaptisé le sketch « Le Praud de l’indignation » et s’est mis dans la peau du journaliste.
Le passage incriminé
Sous les traits de Pascal Praud, Nicolas Canteloup a conclu l’émission par un monologue centré sur « l’affaire Morandini ». Il a dit notamment : « Et je ne pouvais pas terminer sans parler de l’affaire Morandini. Il fallait bien que je prenne la parole et soutienne Sonia Mabrouk car nous ne pouvons pas cautionner ici la corruption de mineurs. Voilà, fin de la parenthèse. On retrouve tout de suite l’ami Jean‑Marc Morandini. Bravo pour ce sommaire qui est à venir et puis surtout pour vos records d’audiences cher Jean‑Marc. »
Dans la même imitation, le personnage‑Praud a poursuivi en réponse à un chroniqueur, Philippe Bilger, par ces mots : « C’est bon Bilger, on a dit qu’on ne cautionnait pas, on ne va pas passer 107 ans là‑dessus. Je rappelle que CNews c’est la liberté d’expression et la chrétienté et la chrétienté c’est le pardon. »
La scène s’est conclue sur une interaction téléphonique fictive avec le chanteur Daniel Guichard, dont un message a été donné à l’antenne : « Elle est quand même sympa Sonia Mabrouk pour une Arabe ». Cette réplique a suscité une vive réaction sur les réseaux sociaux et auprès de certains téléspectateurs.
Réactions, saisie de l’ARCOM et débats
Face à cette séquence, plusieurs téléspectateurs ont saisi l’ARCOM, le régulateur de l’audiovisuel. La saisie vise, selon les plaignants, un « renfort des préjugés en raison de l’origine, atteinte répétée et prolongée à l’honneur et à la réputation d’une personnalité publique ». Ces éléments figurent dans les motifs des recours transmis aux autorités compétentes.
Sur les réseaux, la séquence a déclenché des commentaires polarisés. Certains internautes jugent la parodie de mauvais goût et estiment que Nicolas Canteloup est allé trop loin. Parmi les critiques, on lit des accusations le qualifiant d’« islamo‑gauchiste » ou de « politiser » son humour, tandis que d’autres spectateurs et défenseurs de la satire peuvent y voir une liberté d’expression exercée par un imitateur.
Un message issu d’un fil Twitter, relayé par des internautes, reprend la phrase polémique : « Elle est quand même sympa Sonia Mabrouk pour une arabe… » (tweet accompagné d’un lien vers pic.twitter.com/cn8FpBhe2f). Ce type de diffusion illustre la rapidité avec laquelle une séquence courte peut déclencher une controverse publique.
Un humour qui interroge
Le cas met en lumière la difficulté, pour les programmes satiriques, de jongler entre humour, imitation et respect des personnes. Le recours aux technologies de deepfake complexifie encore le débat en rendant visuellement plus réaliste l’incarnation d’un tiers.
TF1 et les auteurs de l’émission n’ont pas été cités dans l’article d’origine comme ayant publié de réaction officielle à la saisie de l’ARCOM. De son côté, Nicolas Canteloup reste une figure attendue du late‑news satirique, mais l’épisode rappelle que l’équilibre entre dérision et offense reste fragile, et que les parodies sur des sujets sensibles peuvent rapidement susciter des recours et des débats publics.


