Jamais Léa Salamé n’était arrivée aussi tard à la rédaction de France 2 pour préparer son 20 heures. Le 2 février, à 10 heures précises, la présentatrice de 46 ans a été convoquée à l’Assemblée nationale pour être entendue par la commission d’enquête chargée de la neutralité, du fonctionnement et du financement de l’audiovisuel public, lancée en octobre dernier.
Entendue pendant deux heures trente, avant le passage attendu de Laurent Delahousse, Léa Salamé s’est expliquée longuement sur sa double casquette au sein de France Télévisions: animatrice du 20 heures et coproductrice de l’émission Quelle époque depuis plus de trois ans.
La double casquette défendue par la journaliste
Face aux députés, la journaliste a martelé qu’il n’existait « aucune incompatibilité ni juridique, ni légale, ni éditoriale » entre ses deux statuts, « car [c’est] dans [son] contrat de travail ». Elle a rappelé être salariée pour le journal télévisé et, en parallèle, coproductrice d’une émission qu’elle dit avoir pensée et créée.
Interrogée sur ses motivations à être coproductrice, Léa Salamé a expliqué vouloir faire « émerger de nouveaux talents » et conserver une maîtrise éditoriale et un droit moral. « Si je n’étais pas coproductrice, cette émission pourrait sans mon accord être animée par quelqu’un d’autre », a-t-elle affirmé.
La journaliste a ensuite cité un scénario qu’elle jugeait inacceptable: le rachat ou la reprise de son programme par une société étrangère sans son accord. « Par exemple une société russe […] et ça, je ne le souhaitais pas », a-t-elle ajouté, évoquant la volonté de protéger le projet éditorial.
Elle a aussi indiqué que c’est Laurent Ruquier qui l’a encouragée à lancer sa boîte de production, pour se prémunir contre un éventuel licenciement futur.
La convocation et ces explications ont suscité des commentaires sur les réseaux. Un message partagé sur Twitter ironisait sur l’argument invoqué par la journaliste : « L’argument le + plus grotesque 😂 Si Léa Salamé a un double contrat avec France TV pour produire #QuelleEpoque , c’est pour éviter que l’émission tombe entre les mains des… Russes😂 » (voir le tweet: pic.twitter.com/PDSCtMIOx8).
Conflit d’intérêts présumé et engagements en cas de candidature
La question d’un possible conflit d’intérêts est également revenue lors de l’audition, en raison de la relation de Léa Salamé avec le député européen Raphaël Glucksmann. La journaliste a insisté sur son indépendance: « je suis une journaliste indépendante et honnête », a-t-elle dit.
Elle a aussi rappelé la ligne de conduite qu’elle applique en cas d’engagement politique de son compagnon. « Je n’ai pas attendu la commission d’enquête pour répondre à cette question et adopter une ligne de conduite extrêmement claire », a-t-elle déclaré. Elle a évoqué son retrait de l’antenne en 2019, lorsque Raphaël Glucksmann s’est porté candidat aux élections européennes, et assuré avoir appliqué la même règle en 2024.
Dans ses propres mots: « En 2019, quand mon compagnon a décidé d’être candidat, j’ai décidé de me retirer de l’antenne, même chose en 2024. S’il est candidat, je sors de l’antenne et je sors immédiatement. » Ces éléments visent à répondre aux craintes d’une perte de confiance des téléspectateurs si son compagnon venait à se présenter à la présidentielle de 2027.
La commission d’enquête poursuit ses auditions. Celle de Laurent Delahousse était annoncée après celle de Léa Salamé, tandis que la réflexion sur la neutralité et les modalités de financement de l’audiovisuel public reste au cœur des débats parlementaires lancés en octobre.


