La tragédie de Crans-Montana, où un incendie dans le bar Le Constellation a fait 40 morts et plus d’une centaine de blessés lors de la nuit du Nouvel An, est à l’origine d’une nouvelle polémique. Le célèbre hebdomadaire satirique Charlie Hebdo se retrouve mêlé à une plainte déposée en Suisse après la publication d’une caricature jugée « insensible » par des proches des victimes.
Une plainte déposée en Valais
Le 9 janvier 2026, jour de deuil national en Suisse en hommage aux victimes de Crans-Montana, Charlie Hebdo a publié un dessin intitulé « Les brûlés font du ski ». La caricature représente deux skieurs couverts de bandages et fait référence ironiquement au film Les Bronzés font du ski (1979). Cette juxtaposition de l’humour et de la catastrophe a suscité une vive émotion, notamment dans le canton du Valais.
Un couple sédunois, Stéphane et Béatrice Riand, a saisi le Ministère public du canton du Valais et déposé une plainte pénale contre la rédaction et le dessinateur Éric Salch, connu sous le nom de Schalch, selon la RTS, télévision publique suisse. Les plaignants estiment que le dessin porte atteinte à la dignité des victimes et demande l’ouverture d’une instruction pénale.
Dans leur dépôt, ils invoquent l’article 135 du Code pénal suisse, qui sanctionne la fabrication et la diffusion de représentations violentes portant gravement atteinte à la dignité humaine sans valeur culturellement ou scientifiquement défendable. « Le dessin de Schalch porte atteinte à la dignité des victimes. Il ne montre pas la violence subie pour la dénoncer, mais neutralise la violence subie par le rire », écrivent-ils, ajoutant que la caricature « ne présente aucun intérêt culturel, artistique, scientifique ou informatif prépondérant ». Les Riand demandent aussi, en cas de condamnation, une indemnisation destinée aux victimes.
Le dessin du jour, par #Salch pic.twitter.com/YbmVqpO3X2
Réactions contrastées: familles, réseaux sociaux et défenseurs de la satire
Sur les réseaux sociaux, l’indignation a été immédiate. Plusieurs internautes ont dénoncé l’irrespect envers les familles encore en deuil. Une utilisatrice se présentant comme la mère d’une victime a publiquement contesté le dessin et estimé que « les auteurs n’avaient pas pensé aux familles des victimes ». Cette mention reste signalée comme une présentation faite par l’utilisatrice elle-même sur la plateforme.
Charlie Hebdo est un hebdomadaire connu pour son ton provocateur et n’en est pas à sa première controverse. Mais cette fois, l’indignation dépasse la sphère de la presse et prend un tour judiciaire en Suisse, où des proches des victimes cherchent à obtenir réparation et à faire reconnaître ce qu’ils perçoivent comme une atteinte supplémentaire à leur douleur.
Plusieurs voix ont pris la défense de la liberté de la presse et du rôle de la satire. Malika Bret, ancienne directrice des ressources humaines de Charlie Hebdo, a réagi sur X en défendant le dessin et en relativisant l’exigence d’un humour « qui ferait rire à gorge déployée ». Elle a écrit : « Affirmer qu’un dessin de presse satirique doit impérativement faire rire à gorge déployée, c’est une vue de l’esprit fantasmée ». Elle ajoutait : « il est vrai que rester au stade premier degré est décidément bien commode pour hurler au scandale contre Charlie, certains systématiquement ».
La controverse relance le débat délicat entre liberté d’expression satirique et respect dû aux victimes d’une tragédie. Pour beaucoup, la satire a sa place dans une démocratie et peut interroger, choquer ou provoquer la réflexion. Pour d’autres, elle ne doit pas devenir un instrument qui banalise une souffrance encore vive.
Contexte de la tragédie: Crans-Montana et ses conséquences
Rappelons les faits à l’origine de cette émotion collective : dans la nuit de la Saint-Sylvestre, un incendie s’est déclenché au bar Le Constellation, propriété de Jacques et Jessica Moretti, situé à Crans-Montana. La soirée s’est transformée en drame, avec 40 personnes décédées et une centaine de blessés. Ces chiffres, rapportés par les autorités, ont plongé de nombreuses familles dans le deuil et suscité une journée nationale d’hommage en Suisse le 9 janvier 2026.
Au moment où la procédure pénale est demandée, il appartient aux autorités suisses d’évaluer si les éléments dénoncés par les plaignants remplissent les conditions de l’article 135 du Code pénal. Aucune décision judiciaire définitive n’a été annoncée publiquement au moment de la rédaction de cet article.
La polémique illustre la tension persistante entre le droit à la satire et la sensibilité des victimes, et elle montre aussi comment un dessin publié en France peut déclencher une réaction juridique à l’étranger, quand il touche un drame local encore très présent dans la mémoire collective.


