L’affaire Guillaume Meurice n’est pas close. Plus d’un an après son licenciement de France Inter, l’humoriste poursuit son combat judiciaire contre Radio France. Le dossier, qui avait été examiné par le conseil de prud’hommes de Paris en décembre dernier, repart vers une nouvelle étape après un désaccord inédit entre les juges syndicaux : aucun accord n’a été trouvé, rendant inévitable la tenue d’un nouveau procès devant un juge départiteur professionnel.
Le licenciement qui a secoué Radio France
En 2024, Guillaume Meurice a été congédié par Radio France pour « faute grave » après avoir utilisé à l’antenne l’expression « nazi sans prépuce » à l’égard du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, à deux reprises. La direction de la maison publique a estimé que la formule, répétée malgré un avertissement préalable, franchissait une ligne rédhibitoire et justifiait une sanction immédiate et sans indemnité.
La mesure a immédiatement déclenché des réactions vives, au sein de la rédaction comme dans l’opinion publique, et relancé le débat sur les limites de la satire et la liberté d’expression à la radio publique. Contestant la qualification de « faute grave », Guillaume Meurice a saisi le conseil de prud’hommes de Paris et réclame environ 400 000 euros de dommages et intérêts, arguant que la sanction est disproportionnée au regard du droit du travail.
Blocage aux prud’hommes et renvoi devant un juge départiteur
L’audience devant les prud’hommes, tenue début décembre, devait trancher ce contentieux suivi de près. Mais les quatre conseillers prud’hommes attribués au dossier n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur le jugement, a indiqué l’avocat de l’humoriste, Me Hugues Dauchez, à l’AFP. Cette impasse a pour conséquence immédiate le renvoi du dossier devant un juge départiteur, magistrat professionnel chargé de départager les voix en cas de blocage.
Cette procédure, prévue par la pratique prud’homale, allonge sensiblement les délais. Selon une source judiciaire citée dans le dossier, la nouvelle audience pourrait intervenir « dans un délai allant de six mois à deux ans ». Cette estimation souligne l’incertitude temporelle pesant désormais sur le feuilleton juridique de Meurice, que l’intéressé semble toutefois prêt à assumer.
Les enjeux au-delà du procès
Au-delà des aspects procéduraux, l’affaire cristallise des tensions durables entre liberté d’expression, humour et responsabilité éditoriale au sein des médias publics. La question posée est double : jusqu’où la satire peut-elle aller sans tomber sous le coup d’une sanction disciplinaire, et quelle marge de manœuvre doit conserver une direction pour garantir la ligne éditoriale et la réputation d’un service public ?
Radio France a justifié son choix sur la base de la répétition d’une formule jugée offensante et du non-respect d’un avertissement. Pour l’avocat de Meurice et l’humoriste lui-même, la décision ne correspond pas à la définition d’une faute grave au regard du droit du travail, d’où la demande de réparation financière estimée à environ 400 000 euros.
La perspective d’un nouveau procès devant un juge professionnel ravive également l’attention des observateurs sur la jurisprudence prud’homale en matière de satire et de discours à l’antenne. Selon des spécialistes du droit du travail consultés dans des affaires similaires, les critères d’appréciation peuvent varier fortement selon les circonstances factuelles : antécédents disciplinaires, gravité objective des propos, contexte de diffusion et impact sur l’employeur.
Même si l’on ne peut présager de l’issue de la procédure, la prolongation du litige maintient Guillaume Meurice et Radio France au cœur d’un débat public intense. La décision à venir du juge départiteur, et éventuellement celle d’une juridiction d’appel, pourrait fixer des repères importants pour la pratique journalistique et satirique dans les médias publics.
En attendant, la procédure suit son cours. Les prochaines étapes dépendent désormais du calendrier judiciaire et de la convocation de la nouvelle audience, dont la date reste à fixer selon les estimations déjà évoquées.


