Le 17 février 2026, Gisèle Pélicot publie Et la joie de vivre, récit coécrit avec la romancière Judith Perrignon et paru chez Flammarion. Dans cet ouvrage de 315 pages, elle revient sur une vie marquée par des violences, le procès qui a suivi et sa décision de rendre publique une affaire longtemps restée dans l’ombre : la soumission chimique.
Un livre pour nommer l’indicible
« Cette histoire ne m’appartient plus totalement. Elle a réveillé une douleur muette et profonde, montée de la nuit des temps », écrit-elle en préface. Plus loin, elle ajoute : « Comme le funambule sur la corde raide, je dois avancer. Je voudrais par ce livre mettre des mots sur ce que j’ai traversé. Dire que je n’ai plus peur d’être seule, que j’ai retrouvé la joie de vivre. Dire que je suis vivante. »
Le livre retrace la vie que Gisèle Pélicot a partagée avec Dominique Pélicot, avant la découverte que celui-ci l’avait droguée et violée, et avait invité des hommes à commettre des agressions dans leur pavillon de Mazan, au pied du mont Ventoux. Elle y évoque aussi son enfance, la mort de sa mère à neuf ans, et le procès qualifié d’« hors norme » qui, selon son récit, a conduit à la condamnation de 51 hommes.
Souvent sollicitée par des éditeurs pendant le procès, Gisèle Pélicot a finalement choisi Flammarion après sa rencontre avec Sophie de Closets. Interrogée par France Culture, elle confie qu’au départ elle se demandait « qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter ? » puis a estimé que son histoire pouvait aider d’autres victimes. Tiré à 150 000 exemplaires et traduit en 22 langues, l’ouvrage a trouvé un large écho au‑delà des frontières françaises.
La maison de Mazan, théâtre d’un traumatisme
Au cœur de l’affaire, la question revient : qu’est devenue la maison où se sont déroulés les faits ? Le pavillon discret de Mazan est aujourd’hui vendu. Les nouveaux propriétaires ont souhaité rester anonymes. Aucune trace visible ne rappelle l’histoire : les volets ont été repeints et le jardin entretenu. Le quotidien, visiblement, a repris ses droits.
Pourtant, à Mazan, le malaise persiste. Des curieux venus d’Europe posent encore la même question : « Où est la maison des Pélicot ? » Certains commerçants disent avoir dû esquiver ces demandes répétées. Le maire a refusé toute interview et un projet de plaque commémorative n’a pas abouti : « On ne saurait pas où la mettre », a résumé un adjoint municipal. Beaucoup d’habitants souhaitent simplement tourner la page et préserver l’identité provençale du village.
Selon l’enquête, pendant près de dix ans Dominique Pélicot aurait administré des anxiolytiques à son épouse avant d’inviter, via Internet, des inconnus à la violer. Le procès a mis en lumière le phénomène de la soumission chimique, longtemps peu documenté et insuffisamment reconnu.
Une ville sous le regard des médias
Le retentissement judiciaire a projecté Mazan sous les projecteurs. Lors de l’ouverture du procès en appel à Nîmes, en octobre 2025, la couverture médiatique s’est ravivée. L’article original indique que « sur les cinquante accusés initiaux, un seul a maintenu son appel », une précision qui accompagne le récit du procès et de ses suites. À chaque audience, caméras et journalistes se retrouvaient massés devant le palais de justice.
La vie collective a gardé une cicatrice. Certains habitants évitent désormais de dire qu’ils viennent de Mazan ; d’autres rappellent que les Pélicot n’étaient pas originaires du village. Au milieu des vignes, un grand cœur en bois portant les mots « Amour » et « Empathie » marque l’entrée d’un centre d’équithérapie qui accompagne des femmes victimes de violences. Ce lieu symbolique fait écho aux efforts locaux pour transformer la douleur en soutien.
Un nouveau départ pour Gisèle Pélicot
Aujourd’hui, Gisèle Pélicot ne vit plus à Mazan. Elle s’est installée sur l’Île de Ré où elle partage sa vie avec un nouveau compagnon rencontré par des amis communs. Dans son livre, elle affirme ne plus vouloir être réduite au statut de victime : « J’ai mis mon âme à nu », écrit-elle, revendiquant sa capacité à se relever et parlant d’une « vie sereine et apaisée ».
Parallèlement, elle a soutenu des initiatives locales : touchée par une marche blanche organisée lors du premier procès, elle a fait un don de 20 000 euros à l’association liée au centre d’équithérapie. Cette somme provient, selon le texte, d’un accord à l’amiable intervenu après la publication de photos volées d’elle.
La maison de Mazan reste dans la mémoire collective comme le théâtre d’un drame qui a contribué à faire évoluer le regard sur le consentement et la soumission chimique. Mais concrètement, « l’enfer » domestique est désormais un lieu vendu et refermé, tandis qu’une femme avance, mot après mot, vers ce qu’elle appelle la joie de vivre.


