La célèbre chanson d’Eddy Mitchell, « Couleur menthe à l’eau », écrite par Pierre Papadiamandis en 1980, se retrouve au cœur d’une nouvelle polémique. Une parodie diffusée lors d’un festival organisé par le mouvement Égalité & Réconciliation a, selon ses détracteurs, transformé le tube en un texte à teneur antisémite et négationniste. La veuve du compositeur, Annette Papadiamandis, a saisi la justice et demandé la suppression des contenus incriminés.
Le détournement révélé et la réaction du milieu musical
La controverse trouve son origine dans une vidéo révélée en décembre, dont Mediapart a publié des extraits. Filmée lors d’un rassemblement de 2023 organisé par le mouvement d’Alain Soral, la séquence montre un individu entonnant une version modifiée de la chanson d’Eddy Mitchell, rebaptisée « Ma grand-mère de Birkenau ». On y entend notamment : « Elle était un peu mytho / ma grand-mère de Birkenau / avec son faux numéro / tatoué sur la peau… »
Universal Music France, le label d’Eddy Mitchell, a qualifié ces paroles de « détournement d’une extrême gravité » et demandé leur suppression immédiate. Eddy Mitchell, de son côté, a condamné ce « refrain revisité » comme l’a relayé le label. La ministre déléguée à l’Égalité et à la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, avait également indiqué avoir saisi le procureur de la République, estimant que le caractère antisémite de la vidéo ne faisait « aucun doute ».
La plainte et les démarches de la veuve du compositeur
Plusieurs mois après la diffusion et les réactions publiques, Annette Papadiamandis a décidé d’engager une procédure. Selon un communiqué cité par le journaliste Jean-François Guyot le lundi 23 février 2026, la veuve de Pierre Papadiamandis a déposé plainte pour contrefaçon devant le procureur du tribunal judiciaire de Paris. Elle invoque notamment son droit moral sur la composition et demande le retrait des enregistrements diffusés.
Le communiqué précise que, depuis la révélation du 13 décembre, elle a mis en demeure les plateformes de cesser la diffusion de ce qu’elle qualifie de « contrefaçon négationniste ». D’après ce document, toutes les plateformes ont accepté de retirer le contenu, à l’exception d’Instagram et de Facebook, qui n’auraient pas donné suite à cette demande.
Contexte politique et personnalités présentes
La vidéo a été tournée lors d’un événement rassemblant plusieurs figures proches du Rassemblement national. Parmi les personnes mentionnées figurent François Paradol, décrit comme directeur de cabinet de Jordan Bardella, Frédéric Boccaletti, député du Var, et Louis-Joseph Gannat, candidat RN lors des législatives anticipées de 2024. La présence de ces personnalités a contribué à amplifier l’attention médiatique autour de l’affaire.
Le mouvement organisateur, Égalité & Réconciliation, est dirigé par Alain Soral, déjà condamné à plusieurs reprises pour des faits liés à des propos antisémites, à la provocation à la haine et à la négation de crimes contre l’humanité. Ces antécédents ont été rappelés par les médias couvrant l’affaire.
Conséquences juridiques et modestes avancées
Sur le plan judiciaire, la plainte pour contrefaçon engagée par la veuve du compositeur s’ajoute aux signalements et aux interventions administratives déjà menés quelques mois plus tôt. La ministre Aurore Bergé avait insisté sur l’impératif de ne pas banaliser l’antisémitisme, quelle que soit son origine politique, lors de ses déclarations publiques du 15 décembre sur France Info.
Du côté des plateformes et des réseaux sociaux, des contenus ont été retirés à la suite des mises en demeure, mais selon le communiqué d’Annette Papadiamandis, Instagram et Facebook n’auraient pas encore satisfait à la demande de retrait intégral. La situation reste donc partiellement résolue et susceptible d’évoluer en fonction des suites judiciaires.
Cette affaire relance le débat sur la responsabilité des organisateurs, des intervenants et des hébergeurs de contenus lorsqu’une œuvre est détournée à des fins de provocation ou de négation historique. Elle souligne aussi la sensibilité particulière qui entoure les détournements d’œuvres culturelles touchant à la mémoire de la Shoah.
À ce stade, les éléments repris dans cet article reposent sur les publications de Mediapart, sur les communiqués d’Universal Music France et sur le communiqué de la veuve du compositeur relayé par Jean‑François Guyot. Les procédures judiciaires engagées détermineront les suites et les responsabilités éventuelles.


