Un conflit inattendu oppose une jeune société lyonnaise à l’un des groupes les plus célèbres du monde : Coldplay. La petite entreprise Moon Music, créée en 2020 et spécialisée dans la production de spectacles aériens, a décidé de porter l’affaire devant la justice après la sortie, à l’automne 2024, du onzième album du groupe britannique, lui aussi intitulé Moon Music.
Une petite société lyonnaise face à un géant
Fondée en 2020 par deux étudiants lyonnais, Moon Music se présente comme une structure dédiée à la création et à la promotion de spectacles aériens. Dans un communiqué cité par Le Parisien, la société précise que « Le nom de domaine www.moonmusic.fr a été enregistré dès le 12 septembre 2020 ». Elle indique également avoir déposé la marque Moon Music pour des activités liées à la promotion de spectacles, à des enregistrements sonores et à des produits dérivés.
Pour cette PME culturelle, la coïncidence du titre de l’album du groupe britannique a rapidement posé un problème d’identité commerciale. Estimant que l’utilisation du même nom par Coldplay portait atteinte à sa visibilité, Moon Music a tenté d’abord une démarche amiable en adressant une mise en demeure au groupe et à son distributeur français, Warner Music France, démarche qui est restée sans réponse, selon les informations rendues publiques.
Conflit sur le titre « Moon Music » et procédure judiciaire
Coldplay avait annoncé au début de l’année 2023 travailler sur un nouvel album intitulé Moon Music, qui a finalement été publié à l’automne 2024. Devant l’absence de réaction suite à la mise en demeure, la société lyonnaise a saisi la justice afin de faire valoir ses droits et préserver sa marque.
Le premier épisode judiciaire a tourné en faveur du groupe britannique. Le 27 janvier 2025, le tribunal judiciaire de Lyon a rejeté la demande de la société Moon Music. Les juges ont considéré que l’expression « Moon Music » avait été utilisée par Coldplay comme le titre d’une œuvre artistique, et non comme une marque commerciale. Cette décision a été contestée par la société lyonnaise, qui a fait appel.
Selon le communiqué de Moon Music, l’entreprise dénonce notamment l’usage du nom sur des produits dérivés liés à l’album du groupe. À l’appui de sa contestation, elle cite la présence de « CD, vinyles ou encore des vêtements » portant le signe, et affirme qu’un tel usage « aurait généré une perte de visibilité pour Moon Music ». La société souligne par ailleurs que des albums ont parfois été déposés comme marques dans l’industrie musicale, élément qu’elle met en avant pour étayer sa position.
La suite du dossier doit être examinée devant la cour d’appel de Lyon le 17 mars, après le revers subi au premier degré. L’enjeu du litige est clair : déterminer si l’emploi du titre Moon Music par un grand groupe sur des supports commerciaux peut empiéter sur des droits antérieurs d’une marque déposée dans un autre registre d’activité.
Ce qui est en jeu
Au cœur du différend se trouve la distinction juridique entre le titre d’une œuvre artistique et la protection conférée à une marque. Les juges du premier degré ont estimé que Coldplay avait utilisé l’expression comme titre d’album. Moon Music, elle, insiste sur les retombées commerciales liées aux produits dérivés et sur le risque d’une dilution de sa visibilité.
Le cas illustre une question récurrente dans le secteur culturel : jusqu’où la notoriété d’une œuvre et son exploitation commerciale peuvent-elles coexister avec des droits antérieurs détenus par une petite entreprise ? La cour d’appel de Lyon devra trancher en tenant compte des éléments déposés, des usages constatés et du cadre légal applicable au droit des marques et au droit d’auteur.
Pour l’instant, ni Coldplay ni Warner Music France ne semblent avoir publiquement répondu aux éléments avancés par la société lyonnaise, du moins selon les informations disponibles dans la presse. La décision à venir devant la cour d’appel sera déterminante pour Moon Music, qui cherche à préserver son identité commerciale face à une exposition mondiale.


