Une décision de CNews qui divise
La diffusion continue de Jean-Marc Morandini sur CNews, malgré sa condamnation pour corruption de mineurs, relance un débat houleux au sein du milieu audiovisuel et de l’opinion publique. La chaîne a choisi de maintenir l’animateur à l’antenne, une position qui ne manque pas de susciter réactions et prises de parole publiques.
La décision de CNews est perçue par certains comme une fidélité à un professionnel connu de l’audiovisuel; pour d’autres, elle pose une question éthique majeure liée au traitement médiatique des affaires de violences sexuelles et à la responsabilité des employeurs.
Les propos de Nelson Monfort : séparer l’homme de l’œuvre
Parmi les voix exposées, celle de Nelson Monfort a retenu l’attention. Interrogé au micro de Mediapart, l’ancien confrère a appelé à « séparer l’homme de l’œuvre ». « Je ne vais pas vous dire que ce qu’il a fait, c’est bien. Dans ma philosophie, je suis plutôt dans le pardon des offenses », a-t-il déclaré, selon les comptes X AlertesInfos et Monascope7.
Nelson Monfort a ajouté être intervenu dans des émissions avec Jean‑Marc Morandini et en garder des souvenirs positifs : « J’ai participé à ces émissions et ça se passait plutôt bien. C’est une situation très désagréable. Je n’y étais pas, et vous n’y étiez pas. » Il a aussi invoqué une référence religieuse en faveur du pardon : « Dans la Bible, on prêche le pardon des offenses. »
Ces propos, relayés par plusieurs comptes sur les réseaux sociaux, ont rapidement enflammé les débats. Pour des victimes et des associations, appeler au pardon sans recul peut apparaître comme une minimisation de la gravité des faits. D’autres y ont vu une tentative de distinction entre la vie privée et le travail professionnel.
Sonia Mabrouk adopte un ton plus ferme
Quelques jours auparavant, la journaliste Sonia Mabrouk s’était exprimée dans un registre nettement plus critique. Invitée lors de la matinale d’Europe 1 et de CNews, au cours d’une interview avec le député socialiste de l’Essonne Jérôme Guedj, elle a rappelé que la décision de maintenir Morandini à l’antenne « ne m’appartient pas » et relevait de la direction de CNews.
« C’est la décision de CNews, qui a assumé cette décision par fidélité, semble-t-il », a-t-elle dit, en précisant sa position personnelle : « J’ai beaucoup de respect pour ma direction, pour ma hiérarchie, mais en aucun cas ça ne vaut de cautionner cela, et en aucun cas c’est une complaisance morale par rapport à ce dont nous parlons, et qui est d’une gravité réelle. »
Sonia Mabrouk a aussi exprimé un impact personnel : « Je n’en dors pas depuis plusieurs jours. » Journaliste engagée, elle a rappelé son investissement contre les violences sexuelles et sexistes : « Je pense, ce matin, comme vous et avec vous, aux victimes, quelles qu’elles soient, et aux victimes les plus jeunes. Je pense aux mineurs. »
Tout en affirmant sa sensibilité au sort des victimes, elle a nuancé son propos sur la décision judiciaire et professionnelle : « Je ne vais pas me substituer à la justice mais il n’a pas été condamné à ne plus exercer sa profession. » Elle a en outre défendu la rédaction de la chaîne : « Je ne supporte pas que l’opprobre soit jeté sur toute une rédaction qui est exceptionnelle. »
Entre émotion et questions éthiques
Les interventions de personnalités comme Nelson Monfort et Sonia Mabrouk illustrent la complexité du débat : comment concilier la présomption d’humanité, la cohérence professionnelle d’une rédaction et le devoir de sensibilité envers les victimes ? Les prises de position publiques, parfois opposées, témoignent de l’émotion suscitée par l’affaire et de la difficulté à tracer une ligne commune.
Au-delà des discours, la polémique interroge aussi les politiques éditoriales des médias et la façon dont ils gèrent les manquements de figures publiques. Les réactions resteront à suivre, tant du côté des victimes et de leurs soutiens que de celui des médias et des instances professionnelles.


