La programmation d’un spectacle d’Ary Abittan à la Cité des Congrès de Nantes, début mars, a déclenché une vive polémique locale. L’annonce de la venue de l’humoriste et comédien a en effet suscité la réaction d’un collectif féministe qui demande l’annulation de la représentation, estimant qu’accueillir l’artiste serait « un mauvais signal » dans le contexte de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
Un appel à l’annulation et la réaction de la mairie
Le collectif #NousToutes, déjà mobilisé par le passé pour obtenir l’annulation d’un spectacle d’Ary Abittan à Cannes, a appelé publiquement à faire retirer la date du 3 mars 2026 à Nantes. Selon ses porte-parole, programmer l’artiste irait à l’encontre des engagements pris par la municipalité en matière d’égalité femmes‑hommes et de soutien aux victimes.
Face à cette demande, la mairie de Nantes, dirigée par Johanna Rolland, a exprimé « son soutien et sa solidarité à toutes les femmes victimes de violences sexistes et sexuelles ». La maire a affirmé vouloir entendre et soutenir les victimes, tandis que Mahaut Bertu, adjointe à l’Égalité, a dit comprendre et partager « la colère suscitée » par la venue de l’artiste.
Mais la collectivité a également rappelé qu’elle ne disposait d’aucun « levier juridique » pour interdire la venue d’un artiste lorsque celui‑ci ne fait pas l’objet d’une mesure d’interdiction émanant de la justice. Cette précision institutionnelle souligne la tension entre positions politiques et capacités d’action administrative.
La riposte de la production
Dans ce contexte, la société de production Coullier Prod, qui représente Ary Abittan, a publié un communiqué pour répondre aux prises de position publiques et aux pressions militantes. Le producteur y rappelle, selon le texte, qu’Ary Abittan a été « définitivement mis hors de cause par une décision de non‑lieu rendue le 30 janvier 2025 ».
Coullier Prod estime que toute déclaration publique remettant en question ce non‑lieu constitue une « remise en cause de l’autorité judiciaire ». La société reproche à l’adjointe Mahaut Bertu des propos qu’elle juge « inexacts » et qualifie même de diffamatoires. Le communiqué indique qu’une action en diffamation est envisagée pour « atteinte à l’honneur et à la considération » de l’artiste.
La production affirme par ailleurs avoir constaté, depuis le retour sur scène de l’humoriste, plusieurs actions visant à empêcher la tenue de ses spectacles. Elle indique avoir déposé une plainte le 22 janvier 2026 pour « entraves à l’exercice de la liberté d’expression et de la liberté de la diffusion de création artistique », plainte qui concernerait des faits survenus dans différents lieux de spectacle.
Enfin, Coullier Prod insiste sur le caractère légal de la programmation nantaise et estime que le public doit pouvoir assister librement au spectacle, sans « troubles à l’ordre public ». La société qualifie les perturbations dénoncées de l’œuvre « d’un groupuscule » et rappelle que ces actions, selon elle, contreviendraient à la loi.
Spectacle d’Ary #ABITTAN en mars à #Nantes : un communiqué @CoullierProd , société de production de l’artiste pic.twitter.com/ymxXueVwJT
Entre liberté culturelle et préoccupations citoyennes
Cette affaire illustre la difficile conciliation entre la liberté de programmation culturelle et la volonté de certaines associations de ne pas normaliser la présence publique d’artistes visés par des accusations. L’humoriste, âgé de 52 ans, avait été accusé de viol en 2021, puis a obtenu un non‑lieu, rappelé par la production.
La mairie souligne son soutien aux victimes tout en se déclarant juridiquement inapte à interdire la représentation. De son côté, la production met en avant l’autorité de la décision judiciaire et prend des mesures juridiques contre ce qu’elle considère comme des prises de parole ou des actions préjudiciables.
Sur le terrain, la situation reste tendue : le spectacle est légalement programmé et, à ce stade, aucune interdiction judiciaire n’a été signalée publiquement. Reste à savoir si les pressions militantes ou des actions d’opposition perturberont la tenue de la représentation prévue début mars.


