Depuis trois mois, Thomas Legrand et Patrick Cohen n’en finissent plus de faire parler d’eux. La captation puis la diffusion d’échanges impliquant les deux journalistes et des responsables socialistes dans un restaurant ont déclenché une tempête médiatique qui se poursuit, entre suspensions, plaintes et enquêtes judiciaires.
Un premier dossier déjà ouvert en décembre
En décembre dernier, une première enquête judiciaire avait été lancée après la révélation, dans les médias, d’enregistrements d’échanges privés tenus dans un lieu public. Thomas Legrand a été suspendu de l’antenne de France Inter suite à ces révélations, tandis que Patrick Cohen est resté en poste à l’émission C à vous.
Ce premier dossier visait la captation et la fuite d’enregistrements rassemblant notamment les deux journalistes et des responsables socialistes. Les faits ont été abondamment commentés à la radio et à la télévision, alimentant une controverse sur les pratiques de captation et sur le traitement public de conversations supposément privées.
Une seconde enquête, ciblant une conversation avec Laurence Bloch
D’après Le Parisien, une seconde enquête a été ouverte deux semaines plus tard et porte sur un autre enregistrement. Cette fois, le parquet de Paris s’intéresserait à la captation d’un échange privé entre Thomas Legrand et son ancienne directrice de France Inter, Laurence Bloch, ainsi qu’à la fuite présumée de cet enregistrement, « co-opérée » selon le quotidien par Europe 1 et CNews.
L’échange en question remonte au 15 décembre. Laurence Bloch et Thomas Legrand se seraient entretenus dans une brasserie du XIVe arrondissement de Paris pendant plus d’une heure. Le sujet évoqué, selon les éléments diffusés, concernait l’avenir professionnel du journaliste suspendu.
Quelques heures après cette conversation, des extraits ou des résumés en ont été diffusés sur des antennes nationales. Europe 1 et CNews ont fait de cet entretien l’objet de reportages et de débats. Des figures de l’audiovisuel, comme Pascal Praud, Jean-Marc Morandini, Christine Kelly, Gauthier Le Bret, Eliot Deval et Laurence Ferrari, ont traité l’affaire dans leurs émissions respectives, contribuant à la médiatisation rapide de l’événement.
Plaintes, propos et enquête pour atteinte à la vie privée
Thomas Legrand et Laurence Bloch ont déposé plainte après la diffusion de cet enregistrement. Si le contenu complet de l’échange n’a pas été rendu public, le journaliste affirme qu’il a été « capté illégalement ». Cette conviction s’appuie en partie sur des propos tenus à l’antenne le lendemain par Pascal Praud.
Le 16 décembre, dans l’émission L’heure des pros, Pascal Praud aurait déclaré : « Tout ce qu’on se dit est enregistré bien sûr. On ne peut pas le passer bien évidemment, parce que c’est interdit. Mais tout ce que je vous ai dit (…) est codifié ». Selon les parties plaignantes, cette remarque constituerait une preuve que la conversation avait bien été enregistrée avant d’être exploitée par certains médias.
Sur la base de ces éléments, le parquet de Paris a ouvert, le vendredi 9 janvier, une enquête pour « atteinte à la vie privée ». L’investigation a été confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). Contactée par Le Parisien, la section de protection des libertés fondamentales a confirmé l’ouverture de cette procédure.
Une affaire aux multiples ramifications médiatiques
L’affaire illustre la tension persistante entre le droit à la vie privée et l’appétit médiatique pour les coulisses du monde des médias. Entre plaintes, diffusions d’extraits et enquêtes judiciaires, l’incident a multiplié les actes et les acteurs impliqués, du journaliste suspendu aux chaînes qui ont relayé l’information.
À ce stade, plusieurs questions restent ouvertes : l’origine exacte des enregistrements, l’identité des personnes ayant transmis les fichiers aux rédactions et la nature précise de la « coopération » alléguée entre médias. Les enquêtes judiciaires en cours devront établir la chaîne des responsabilités et déterminer d’éventuelles infractions pénales.
Pour l’heure, les principaux intéressés, les médias cités et les services judiciaires restent les acteurs centraux d’un dossier qui devrait encore nourrir les débats sur la déontologie et la protection de la vie privée dans le traitement de l’information.


