Sept ans après la mort d’Élisa Pilarski, retrouvée en forêt de Retz (Aisne) le 16 novembre 2019, l’affaire relance le débat public et judiciaire autour des chiens dits dangereux. Le procès de Christophe Ellul, ancien compagnon de la victime et propriétaire du chien incriminé, s’ouvre début mars 2026 devant le tribunal correctionnel de Soissons. Il est poursuivi pour « homicide involontaire par l’agression d’un chien ».
Les faits établis par l’enquête
Ce jour-là, Élisa Pilarski, âgée de 29 ans et enceinte de six mois, avait été retrouvée morte après avoir promené le pitbull appelé Curtis, appartenant à M. Ellul. L’autopsie avait relevé de « multiples morsures » responsables du décès de la jeune femme et de celui de son enfant à naître.
Dans un premier temps, la proximité d’une chasse à courre avait suscité l’hypothèse d’une attaque par la meute de chiens de chasse présente sur les lieux. Mais les investigations médico-légales et les expertises génétiques ont, au fil de l’instruction, permis d’écarter cette piste. Des analyses ADN réalisées sur les chiens de l’équipe de chasse n’ont pas mis en évidence de traces génétiques correspondant aux morsures portées sur le corps d’Élisa Pilarski.
À l’inverse, l’ADN de Curtis a été identifié sur les plaies ayant causé le décès. Des expertises vétérinaires ont également jugé les blessures compatibles avec la mâchoire de ce seul animal, pointant ainsi sa responsabilité directe. Les rapports d’expertise ont par ailleurs évoqué des éléments comportementaux chez Curtis susceptibles d’être liés à son dressage.
La question du dressage et de l’origine de l’animal
Les expertises ont souligné des particularités comportementales et fait état d’un dressage qualifié par certains spécialistes de « au mordant contre nature », formulation rapportée par les enquêteurs. Selon les pièces de l’instruction, Curtis avait été importé illégalement des Pays-Bas et, présenté initialement comme un croisement, il a été identifié comme un American Pitbull Terrier, une race soumise en France à des règles strictes et, sans autorisation, interdite.
Ces éléments — importation illégale, nature du dressage et identification génétique du chien sur les morsures — constituent des axes majeurs de l’accusation. Ils expliquent en partie la qualification retenue par le parquet : l’homicide involontaire implique que la mort résulte d’une faute, d’une imprudence ou d’une négligence dans la garde ou le dressage de l’animal.
Le procès et les enjeux juridiques
Devant le tribunal correctionnel de Soissons, Christophe Ellul doit répondre des faits qui lui sont reprochés. Il a toujours nié que son chien soit l’auteur des morsures à l’origine du décès d’Élisa Pilarski, selon les éléments rendus publics au cours de l’instruction.
Si la qualification d’homicide involontaire est retenue, la peine encourue peut aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende. La présence de circonstances aggravantes liées au dressage ou à l’importation illégale de l’animal pourrait alourdir la sanction envisagée.
Pour la famille d’Élisa Pilarski, qui attendait depuis des années l’ouverture d’un procès, cette audience est perçue comme une étape clé pour tenter d’apporter des réponses sur les zones d’ombre entourant les derniers instants de la jeune femme. Au-delà de ce dossier précis, l’affaire a ravivé la controverse sur la sécurité publique et la régulation des chiens catégorisés comme dangereux en France.
Ce procès, suivi de près par l’opinion publique et par des associations de défense des victimes, devrait permettre d’établir juridiquement la responsabilité de M. Ellul, au regard des preuves techniques et des témoignages réunis au cours de l’instruction.
Plusieurs années après le drame, les conclusions des expertises restent au cœur du débat et devront être confrontées aux arguments de la défense et aux questions soulevées par l’accusation lors de cette audience prévue à Soissons.


