Longtemps ancré dans la mémoire collective d’une région, le domaine des Sources, à Saint-Rémy-de-la-Vanne (Seine-et-Marne), s’apprête à changer de mains dans des circonstances loin de l’image idyllique qu’il évoquait. Ce jeudi 5 février, la propriété sera mise aux enchères publiques, révélant une réalité de délabrement qui tranche avec les souvenirs attachés au lieu.
Un lieu familier devenu symbole d’une époque révolue
Le domaine des Sources a longtemps été associé à la famille Paradis. Propriété d’André et Corinne Paradis, il a été un toit pour des moments festifs : mariages, réceptions, soirées estivales et rencontres informelles. Pour plusieurs habitants, le site incarnait un lieu de vie et de convivialité, presque mythique.
Vanessa Paradis y a passé une partie de son enfance, loin des projecteurs. Si elle n’est plus liée juridiquement au domaine, son attachement à la région reste perceptible : sa mère vivrait encore à proximité, dans la commune de Saint-Siméon. L’artiste a épousé Samuel Benchetrit en 2018 et publié la même année l’album Les Sources, titre qui prend aujourd’hui une résonance particulière au regard de l’histoire du lieu.
Une vente judiciaire révélatrice d’un lent déclin
La mise aux enchères se déroule au Tribunal judiciaire de Paris dans le cadre de la liquidation judiciaire de la société propriétaire depuis « une dizaine d’années ». La mise à prix a été fixée à 900 000 euros pour un terrain de plus de quatre hectares, comprenant plusieurs bâtiments et de vastes espaces naturels.
Sur le plan administratif et sur le papier, l’offre peut sembler attractive. Mais le constat dressé sur place est différent : selon Le Parisien, le domaine est aujourd’hui largement abandonné. Construit à l’origine pour accueillir un restaurant, des réceptions et même des spectacles, le site est désormais désaffecté. Les bâtiments ont perdu leur éclat, les installations ne sont plus exploitées et la végétation a progressivement repris ses droits.
Prairies et jardins sont à l’état de friche, certains accès sont difficiles et l’ensemble donne l’image d’un domaine figé. À ces problèmes visibles s’ajoutent des complications techniques et juridiques : plusieurs servitudes anciennes pèsent sur le bien, notamment des droits de passage et des canalisations.
Une source sur la propriété alimente d’ailleurs le plan d’eau communal de Saint-Rémy-de-la-Vanne, très fréquenté lors des beaux jours. Ce détail rappelle combien le domaine reste ancré dans le tissu local, malgré son état actuel.
Souvenirs intimes, enjeux concrets
Le contraste entre la mémoire collective et la réalité matérielle est frappant. Là où l’on se souvient de fêtes et de rassemblements, subsistent aujourd’hui bâtiments désaffectés et espaces en friche. La mise en vente judiciaire officialise une étape de transition dont l’issue est incertaine : un repreneur pourrait redonner vie au site, mais il devra composer avec des contraintes patrimoniales, techniques et administratives.
Pour la famille Paradis, l’histoire du domaine relève d’un passé personnel autant que d’un patrimoine local. Après le décès d’André Paradis en 2017, la propriété a été progressivement vendue par la famille. Depuis, son destin a pris une tournure moins glorieuse, aboutissant à cette procédure de liquidation et à la mise aux enchères.
Le sort du domaine des Sources intéresse non seulement les habitués et les riverains, mais aussi ceux qui voient dans ce type de biens la possibilité d’un projet culturel ou touristique. Reste à savoir qui héritera de ces lieux et quels moyens seront engagés pour en assurer la réhabilitation, si réhabilitation il y a.
En l’état, le domaine apparaît comme un témoignage d’un temps où un lieu privé pouvait occuper une place centrale dans la vie locale. La vente prochaine, programmée au Tribunal judiciaire de Paris, marquera un nouveau chapitre pour cette propriété chargée de souvenirs, mais dont l’avenir reste à écrire.


