Valéry Giscard d’Estaing s’est éteint le 2 décembre 2020, il y a cinq ans. Président de la République de 1974 à 1981, l’ancien chef de l’État a marqué la vie politique française par des réformes et des modernisations institutionnelles. Il a aussi contribué à des avancées sociales, comme l’inscription du droit à l’avortement dans le paysage législatif. Parallèlement à sa carrière publique, VGE a cultivé une activité d’écrivain, publiant plusieurs romans et rejoignant l’Académie française en 2003 au fauteuil de Léopold Sédar Senghor.
Un président entre modernité et littérature
Au fil des années, Valéry Giscard d’Estaing a alterné engagement politique et production littéraire. Entre 1994 et 2020, il a publié cinq romans. Son premier, Le Passage, a rencontré un succès commercial lors de sa parution, malgré des critiques souvent sévères sur le style. Les ouvrages suivants ont attiré l’attention non seulement pour leur forme, mais surtout pour les thèmes et les images qu’ils proposaient.
Élu à l’Académie française en 2003, il est devenu l’un des rares anciens présidents à investir durablement les rayons littéraires. Sa carrière d’écrivain a parfois été moquée, souvent commentée et constamment scrutée par la presse et le public.
Le ramdam autour de La Princesse et le Président
C’est La Princesse et le Président, paru en 2009, qui a déclenché le plus grand tumulte médiatique. Dans ce roman d’amour, Giscard imagine une histoire entre la princesse Patricia de Cardiff — figure visiblement calquée sur Lady Diana — et Henry Lambertye, président français fictif des années 1980. L’intrigue décrit leurs rencontres lors de sommets internationaux, des escapades secrètes dans des palais officiels et une romance clandestine contrainte par le protocole.
La parution du livre a suscité une ruée des journalistes français et britanniques tentant de démêler le vrai du faux. Les dates, les dîners d’État et les visites officielles ont été passés au crible. Le roman comportait, en épigraphe, deux mots qui ont amplifié les fantasmes: « promesse tenue ». Beaucoup ont interprété cette formule comme un aveu voilé.
La presse étrangère n’a pas tardé à réagir. The Telegraph évoqua le « fantasme d’un ancien président », The Times plaisanta sur le « latin lover français », et Libération ironisa en parlant d’un « autoportrait rêveur ». Ces qualificatifs ont nourri la controverse et renforcé la visibilité du livre.
Giscard d’Estaing répond à la rumeur
Face à l’emballement, Valéry Giscard d’Estaing a d’abord entretenu l’ambiguïté. En promotion, il souriait et éludait parfois les questions. Il affirmait à l’occasion: « J’ai connu la princesse », sans préciser la nature exacte de cette connaissance. Les commentateurs ont donc multiplié les spéculations.
En septembre 2009, lors d’une interview, il a mis fin au suspense. « J’ai inventé les faits, mais pas les lieux ni les décors », déclara-t-il. Il a expliqué que le roman visait surtout à faire revivre la princesse disparue et à rendre hommage à la solitude des femmes publiques soumises au protocole.
À propos de l’épigraphe « promesse tenue », Giscard a indiqué qu’elle renvoyait à un engagement pris, selon son récit, auprès de Lady Diana elle-même. Il a raconté qu’au cours d’une rencontre officielle dans les années 1990, la princesse lui aurait confié son désir de lire un jour un livre sur les histoires d’amour des grands dirigeants. Il aurait alors promis d’écrire ce livre. Le roman, a-t-il dit, est l’accomplissement de cette promesse, même si la forme reste romanesque.
Une postérité entre archives et librairies
La rumeur d’une liaison n’a jamais été étayée par des preuves publiques et s’est révélée, pour l’essentiel, infondée. Elle a néanmoins offert à Giscard d’Estaing une médiatisation littéraire inédite et une visibilité considérable pour son roman. Le mélange volontaire de faits réels et de fiction a créé une zone grise qui a fortement intéressé le public.
Cinq ans après sa disparition, Valéry Giscard d’Estaing reste une figure dont l’héritage se lit autant dans les archives politiques que dans les rayons des librairies. Sa trajectoire illustre la porosité possible entre vie publique et création littéraire, et la fascination durable que suscitent les récits où se mêlent pouvoir, intimité et imaginaire.


