Un duo historique, une rupture judiciaire
Producteur et manager depuis plus de trente ans, Sébastien Farran est une figure bien connue du show-business français. À la tête du label Rush Management, cet homme de 54 ans a contribué au parcours de nombreux artistes et fut notamment le dernier manager de Johnny Hallyday jusqu’à la mort du chanteur en 2017. Il a également été pendant des années le manager de JoeyStarr. Les deux hommes, amis de longue date, se sont retrouvés opposés devant le tribunal judiciaire le vendredi 23 janvier, après une plainte déposée par le rappeur.
JoeyStarr accuse son ancien manager d’escroquerie, l’imputant de faits graves : signatures imitées sur des chèques et des contrats, et détournement de sommes importantes. Selon le plaignant, Sébastien Farran aurait profité de sa « confiance absolue » et de son « aversion pour les chiffres » pour lui soutirer discrètement des dizaines de milliers d’euros.
Reconnaissance de signatures mais contestation des faits
À la barre, Sébastien Farran a admis avoir signé plusieurs chèques et contrats au nom de JoeyStarr. Il nie toutefois toute escroquerie et affirme que le chanteur et comédien était parfaitement informé de ces opérations. Pour l’agent, c’était même une pratique demandée : « On signait absolument tout pour (lui). Il ne signait rien. »
Farran décrit un contexte de dépenses importantes liées au train de vie de JoeyStarr. « Il avait des besoins importants », a-t-il déclaré, énumérant courses, pensions alimentaires et loyers qu’il se serait chargé de payer sur demande de l’artiste. L’argument central de la défense est que ces mouvements de fonds résultent d’opérations effectuées pour le compte du client, et non d’un enrichissement personnel.
L’avocat de Sébastien Farran a souligné qu’il ne peut y avoir escroquerie que s’il existe un préjudice avéré. D’après la défense, l’examen des relevés bancaires ne montrerait pas que Farran ait tiré un bénéfice personnel de ces opérations : il aurait simplement avancé des sommes pour satisfaire des demandes explicites de JoeyStarr.
Des versions opposées et des montants à l’origine du litige
JoeyStarr a reconnu être parfois au courant des chèques signés en son nom, mais il dénonce la pratique de paiements « de la main à la main » et assure s’être senti trompé. « Je me faisais fumer. Il s’est carrément servi, et comme je n’étais pas regardant… », a-t-il déclaré, estimant que les sommes retirées le dépassaient largement par rapport aux dépenses pour lesquelles Farran s’était engagé.
Le rappeur évoque un préjudice chiffré à 200 000 euros et réclame justice. C’est sur cette base que la plainte pour escroquerie et complicité de faux a été engagée, opposant désormais deux anciens alliés.
Le ministère public a pris position en faveur du plaignant. Dans son réquisitoire, le procureur de la République a estimé que les éléments laissaient à penser que Sébastien Farran avait commis des manquements et a réclamé une condamnation pour « escroquerie » et « complicité de faux ». Il a demandé une amende de 80 000 euros dont 25 000 euros avec sursis.
Quel calendrier judiciaire ?
La suite du dossier a été fixée : la décision du tribunal est attendue le 23 février prochain. D’ici là, les éléments produits à l’audience — relevés bancaires, témoignages et pièces comptables — seront examinés pour déterminer s’il y a eu, ou non, préjudice et enrichissement personnel.
Cette affaire met en lumière la fragilité des relations entre artistes et managers, et interroge sur les pratiques de gestion financière au sein de maisons de confiance. Elle illustre aussi combien des liens personnels de longue date peuvent basculer lorsque apparaissent des soupçons de malversations.
Les parties se sont présentées devant le tribunal avec des récits contradictoires : l’un reconnaissant des signatures pour faciliter la vie quotidienne de son client, l’autre dénonçant un système d’appropriation progressive de fonds. La décision du 23 février tranchera sur la qualification pénale des faits reprochés et sur l’existence, ou non, d’un préjudice chiffrable.


