L’AFP a annoncé ce vendredi 14 novembre que le garde des Sceaux Laurent Nuñez a saisi la justice après des propos tenus par l’humoriste Pierre-Emmanuel Barré sur l’antenne de Radio Nova. Ces mots, prononcés lors d’un billet virulent, ont déclenché une réaction rapide des autorités et relancé une polémique autour des limites de la liberté d’expression en matière satirique.
Les propos incriminés
Les faits se sont déroulés le dimanche 9 novembre dans l’émission La Dernière, animée par Guillaume Meurice depuis septembre 2024, où Pierre-Emmanuel Barré officie en tant que chroniqueur aux côtés de Juliette Arnaud et Aymeric Lompret. Selon le récit diffusé par l’AFP, Barré a qualifié la police et la gendarmerie de « les Daesh de la sécurité et de l’emploi » et les a décrites comme « des institutions structurellement violentes, racistes et déresponsabilisantes ».
Il aurait ajouté que la police et la gendarmerie « se marraient devant les viols, les mutilations et les meurtres ». Ces formules, très dures, sont au cœur de la plainte déposée par le ministre de la Justice, qui les juge « inqualifiables » et entend obtenir leur condamnation devant la justice.
Une plainte déposée rapidement
Le nouveau ministre de la Justice a saisi le parquet de Paris dès lundi, soit vingt-quatre heures après la diffusion de la chronique. L’acte marque l’entrée en lice du judiciaire face à des propos tenus dans un cadre radiophonique et souligne la volonté du ministère d’engager une réponse pénale.
Outre le parquet, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a également été saisie, selon les informations disponibles. Cette double saisie illustre la complexité des voies de recours possibles lorsque des propos tenus dans les médias sont considérés comme susceptibles de constituer des infractions ou de contrevenir à des obligations déontologiques.
Réactions et mobilisation
Le syndicat Police Un1té a publié un communiqué vendredi pour dénoncer des « propos immondes tenus alors que la France honore les policiers qui ont sauvé des vies le 13 novembre 2015 ». Le syndicat a ainsi exprimé son indignation et appelé à une réaction, signifiant que la polémique dépasse le cercle médiatique pour toucher des représentations institutionnelles et émotionnelles fortes.
Face à la saisine du parquet et à la réaction des syndicats, Pierre-Emmanuel Barré a répondu sur les réseaux sociaux avec un mélange d’humour et de promotion. Sur X et Instagram, il a relayé une vidéo destinée à promouvoir sa bande dessinée Les Chroniques de Saint-Roustan, et a commencé sa prise de parole en déclarant : « C’est sur les violences policières, principalement. J’ai accès sur les violences structurelles ». Sa réaction laisse transparaître une volonté de défendre le champ satirique de son propos tout en capitalisant médiatiquement sur la controverse.
Enjeux juridiques et médiatiques
La procédure engagée pose plusieurs questions : à quelles conditions des propos satiriques peuvent-ils être qualifiés pénalement ? Quelle est la frontière entre critique virulente d’institutions et incitation à la haine ou diffamation ? La réponse reviendra aux magistrats saisis, qui devront apprécier le contexte, l’intention et le caractère public des déclarations.
Parallèlement, l’intervention de l’Arcom souligne le rôle des régulateurs dans l’examen des contenus diffusés par les médias audiovisuels et numériques. Selon les règles en vigueur, l’autorité peut notamment vérifier si une antenne a respecté ses obligations en matière de pluralisme, de dignité des personnes et de prévention des discours de haine.
Cette affaire illustre aussi la tension récurrente entre humour engagé et responsabilité publique. Les chroniqueurs satiriques ont longtemps occupé une place importante dans le paysage médiatique français ; leurs attaques contre des institutions provoquent régulièrement débats et poursuites, mais la rapidité de la saisine par le ministère montre ici une détermination inhabituelle.
À ce stade, la procédure est lancée et les suites judiciaires restent à venir. Les éléments relayés par l’AFP — dates, citations et saisines — constituent la base factuelle de la controverse. Toute évolution, compte tenu de la saisine du parquet et de l’Arcom, se déroulera désormais devant des autorités compétentes.


