Origines familiales et choix du nom
Jacques Villeret serait né le 6 février 1951 à Tours sous le nom de Jacky Boufroura. Son père, Ahmed Boufroura, est originaire de Kabylie, en Algérie, sa mère, Annette Bonnin, est Française et vient d’Indre‑et‑Loire. Le couple se marie en 1950 mais se sépare rapidement : le divorce intervient dès 1951, alors que l’enfant n’a que quelques mois, et le père s’éloigne.
En 1955, la mère se remarie avec Raymond Villeret, qui élève le garçon comme son propre fils. Jacky grandit donc sous le nom de Villeret et c’est cette identité qui l’accompagne au quotidien. Longtemps, il ignore ses origines paternelles : ce n’est qu’au lycée qu’il apprend qu’il est né d’un père algérien, une révélation tardive dans une France encore marquée par les blessures de la guerre d’Algérie.
Le choix d’abandonner le patronyme Boufroura s’inscrit à la fois dans l’intimité familiale et dans le contexte social des années 1950‑1960. Porter un nom maghrébin en province pouvait alors exposer à des moqueries et à des préjugés. D’après des proches, le jeune Jacky aurait subi des remarques blessantes à l’école, transformant son nom d’origine en un stigmate plutôt qu’en un lien assumé.
Raymond Villeret, son beau‑père, occupe une place centrale dans sa construction affective. Jacques dira plus tard que cet homme l’a élevé « avec bonté et droiture ». Vers la quarantaine, il entreprend des démarches pour que « Jacques Villeret » devienne officiellement son nom à l’état civil, décision qui peut se lire comme une fidélité à celui qui l’a élevé et comme la traduction d’un parcours où identité biologique et filiation affective coexistent.
Une carrière façonnée par la sensibilité
Formé d’abord au conservatoire de Tours, puis au Conservatoire de Paris (promotion 1973), Jacques Villeret débute au théâtre avant de se tourner vers le cinéma. Ses premiers rôles lui sont offerts par Yves Boisset dans R.A.S. (1973) puis Dupont Lajoie. Claude Lelouch, qui repère chez lui « l’innocence, la timidité, la folie », le dirige à plusieurs reprises, notamment dans Robert et Robert, film qui, selon la mémoire de l’époque, lui vaut un premier César en 1979.
Villeret se taille progressivement une place singulière à l’écran en incarnant des personnages souvent naïfs, tendres et légèrement décalés. Le grand public le découvre notamment dans La Soupe aux choux (1981), où il incarne un extraterrestre candide face à Louis de Funès, puis dans Papy fait de la résistance (1983). Mais c’est son rôle de François Pignon dans Le Dîner de cons qui le propulse définitivement : pour cette interprétation il reçoit le César du meilleur acteur en 1999, et le film devient l’un des jalons de sa notoriété.
Au‑delà du comique, ceux qui l’ont côtoyé soulignent une sensibilité à fleur de peau, une fragilité intime qui nourrit son jeu et le rend attachant. Les contrastes entre la jovialité apparente de ses personnages et une mélancolie sous‑jacente feront longtemps partie de sa signature artistique.
Vie privée, tourments et dernières années
Dans sa vie privée, Jacques Villeret se marie avec la comédienne Irina Tarassov, dont il élève le fils. Après leur séparation, il partage ensuite sa vie avec une femme d’origine sénégalaise, nommée Seny. Des périodes difficiles jalonnent son existence, notamment des épisodes liés à l’alcool. Les récits concernant les tensions familiales autour de la fin de sa vie et de ses obsèques varient selon les témoins ; certaines versions diffèrent au sein des proches, soulignant la complexité et la pudeur entourant ces événements.
Jacques Villeret meurt le 28 janvier 2005 à Évreux des suites d’une hémorragie interne liée à une maladie hépatique. Il est enterré à Perrusson. Sa disparition marque la fin d’un parcours fait de contrastes : l’acteur laisse l’image d’un comédien capable d’offrir des rires tout en portant une grande fragilité.
Une double identité racontée par un nom
Le nom lui‑même raconte une part importante de son histoire : Boufroura renvoie à une filiation biologique algérienne dont il découvrira l’existence tardivement ; Villeret, choisi et porté au quotidien, rend hommage à l’homme qui l’a élevé et à la trajectoire sociale qu’il a empruntée. Entre héritage et filiation, son identité s’est construite en strates, au fil des rencontres et des épreuves.
Au‑delà des anecdotes et des controverses rapportées par des tiers, ce qui reste, c’est la trace d’un comédien dont le visage lunaire et la douceur mélancolique ont marqué le public. Jacques Villeret demeure, pour beaucoup, l’inoubliable François Pignon : un personnage à la fois comique et profondément humain, reflet d’un acteur dont la vie privée a parfois fait écho aux fragilités de ses rôles.


