Né le 28 décembre 1951 et bientôt 74 ans, Gilbert Montagné est l’un des visages — ou plutôt l’une des voix — les plus reconnaissables de la chanson française. Mais la particularité de son parcours va bien au-delà de quelques tubes : il est aveugle depuis quelques heures après sa naissance, un handicap né d’une rétinopathie liée à l’oxygénation en couveuse lors de sa naissance prématurée.
Une naissance marquée par la cécité
Prématuré, placé en couveuse, Gilbert Montagné développe dans les heures qui suivent une rétinopathie provoquée par un air trop riche en oxygène. Ce trouble oculaire majeur le prive de la vue pour toujours. Le chanteur, connu pour des titres comme Sous le sunlight des tropiques, affirme n’avoir « jamais rien vu de la vie ». Le soleil, les couleurs, les visages — autant d’éléments qu’il n’a jamais perçus visuellement.
Cette réalité n’a pourtant pas empêché Montagné de se construire artistiquement et humainement. Sa carrière, ses rencontres et sa vie personnelle sont autant de preuves d’un cheminement fait d’adaptations, de résilience et d’expériences construites autrement que par l’image.
Ce qui séduit Gilbert Montagné : l’intérieur d’abord
Dans une interview accordée à Guillaume Pley sur la chaîne Legend, Gilbert Montagné détaille ce qui l’attire chez une femme. Fidèle à sa manière d’appréhender le monde, il privilégie le contenu aux apparences : « Je suis plus attiré par le stock que par la vitrine. En général, c’est mon truc. Je suis plus attiré par l’intérieur de l’être que par ce qu’il se passe à l’extérieur. Après, je découvre l’enveloppe. Mais d’abord, je lis la lettre. »
Ces mots résument une approche qui paraît évidente pour quelqu’un privé de la vue : la première rencontre s’inscrit d’abord dans l’écoute, la conversation, le ressenti. Montagné précise toutefois qu’il accorde aussi de l’importance au physique, non pas à travers la vue, mais par le toucher et la présence : « Faut pas croire, hein. J’aime l’enveloppe aussi », lance-t-il avec ironie.
Une vie sentimentale riche en rencontres
La vie privée du chanteur témoigne de ces choix et de ces rencontres. Marié depuis 26 ans à Nikole, Gilbert Montagné est aussi père de deux enfants, Eric et Nicolas, nés d’un précédent mariage avec Maureen Byrne. Il fut en effet marié de 1975 à 1993 à Maureen Byrne, une relation qui lui a donné deux fils et marqué une période importante de sa vie.
Ces unions et ces liens illustrent la manière dont il a su construire sa vie affective malgré l’absence de vision. L’humour, la parole et le toucher ont été des outils essentiels pour tisser des relations durables et profondes.
Au-delà du handicap : une identité construite autrement
Dire que Gilbert Montagné n’a « jamais rien vu » peut paraître brutal, mais c’est aussi un rappel de la singularité de son regard sur le monde. Il a construit son identité à travers la musique, la parole et les rencontres. Sa perception du beau, du désirable et du charisme se fonde sur des critères sensoriels et émotionnels différents, qui n’en sont pas moins légitimes.
Son témoignage sur l’importance de l’intérieur invite à repenser nos repères : l’apparence n’est qu’une porte d’entrée, parfois secondaire, dans la découverte d’un être humain. Pour Montagné, l’essentiel commence par ce qu’on dit, par ce qu’on raconte, et par ce que l’on ressent.
En interview, il n’hésite pas à mêler humour et franchise pour restituer cette vision. Sa manière de s’exprimer — directe, imagée — rend compte d’une distance assumée face aux clichés et d’une préférence nette pour les échanges authentiques.
Une trajectoire publique, intime et assumée
Le récit de Gilbert Montagné est à la fois personnel et public. Il met en lumière la capacité d’adaptation d’un artiste confronté à la cécité dès la naissance, mais aussi la force de choix qui ont structuré sa vie sentimentale et familiale. Sans optique visuelle, il a choisi l’écoute, le toucher et le dialogue comme boussoles.
Ces éléments, exprimés avec clarté lors de son échange avec Guillaume Pley, offrent une lecture humaine et nuancée de ce que signifie aimer et être aimé lorsque l’on vit sans la vue. Ils rappellent enfin que l’intimité et la séduction ne se réduisent pas à l’image, mais se tissent aussi dans la parole et le partage d’une vie.


