Christophe Dominici est mort le 24 novembre 2020 à l’âge de 48 ans. Cinq ans après la disparition de l’ailier emblématique du XV de France, le souvenir de son panache et de sa demi-finale mythique contre les All Blacks en 1999 reste vivace. Chaque novembre, alors que reviennent les grandes affiches d’automne, refait surface la douleur de ses proches et des supporters. Ce week-end, au Stade Jean‑Bouin, la rencontre entre le Stade Français et Toulon sera rebaptisée « Trophée Christophe Dominici » ; sur la pelouse, Ma’a Nonu, Pierre Mignoni et d’autres proches doivent rendre hommage à l’icône disparue.
Un décès qui a choqué le pays
Le 24 novembre 2020, en plein après‑midi, Christophe Dominici chute d’un muret dans le parc de Saint‑Cloud. Les secours ne peuvent que constater son décès. L’annonce plonge le monde du rugby, et au‑delà, dans la stupeur. L’ancien international laisse derrière lui ses parents, Nicole et Jean‑Marie, sa compagne Loretta Denaro et leurs deux filles, Kiara et Mya, évoquées par certains comme « deux princesses sans leur roi ».
Le lieu, la brièveté de l’acte et l’absence de témoins directs ont soulevé de nombreuses interrogations. Aucun élément d’ordre criminel n’a été retenu publiquement, mais le contexte psychologique — fragilités anciennes et détresse récente — a alimenté l’incompréhension. Christophe Dominici, réputé pour sa combativité sur le terrain, apparaissait pourtant vulnérable hors des stades.
L’été 2020 : le projet Béziers, point de départ d’une spirale
L’été 2020 marque un tournant dans la vie du champion. Au printemps, l’AS Béziers Hérault, club historique, est proposé à la vente. Christophe Dominici s’engage alors dans un projet de reprise porté par Samir Ben Romdhane, homme d’affaires franco‑tunisien présenté comme disposant de fonds via une société pétrolière basée à Abu Dhabi, Sotaco. Selon des informations publiées par Le Parisien, Dominici s’enflamme pour le dossier : il contacte des joueurs internationaux, discute avec des interlocuteurs en Argentine et imagine déjà les nouveaux maillots. Max Guazzini, ancien président du Stade Français, résume l’état d’esprit : « il était tellement heureux de ce projet ». Ma’a Nonu, star mondiale, avait même envoyé une photo avec le futur maillot biterrois.
Mais les promesses ne se concrétisent pas. Les fonds annoncés n’arrivent pas et le dossier s’enlise. Lorsque René Bouscatel, ancien président du Stade Toulousain, propose un contre‑projet, Dominici s’emporte et organise une conférence de presse improvisée. Il intervient ensuite sur RMC dans un état de grande tension, selon des comptes rendus de l’époque.
Le 11 juillet 2020, la DNACG rejette officiellement le dossier présenté par Sotaco. Pour la compagne de Dominici, qui déposera par la suite une plainte pour faux et abus de faiblesse, la désillusion est irrémédiable.
La descente et les accusations autour de Ben Romdhane
Après l’échec administratif du rachat, les tensions se déplacent dans l’entourage proche. Selon les déclarations de Loretta Denaro transmises aux médias, Samir Ben Romdhane aurait maintenu une présence intrusive pendant les vacances : visites chez les parents de Dominici, promesses répétées d’achats immobiliers et d’investissements. La compagne affirme aussi qu’un versement en liquide de 50 000 euros aurait été réalisé par Christophe Dominici.
La situation dégénère sur un détail apparemment anodin : une dispute autour d’une commande de vin non réglée, suivie d’un appel violent. Ces épisodes contribuent, toujours selon les proches, à un isolement progressif et à des crises d’angoisse. Loretta Denaro évoquera plus tard une « bouffée délirante », née de la trahison perçue et de l’effondrement du projet Béziers.
Des proches, comme Max Guazzini, affirment que cette escroquerie présumée « lui a coûté la vie ». Il est important de préciser que ces éléments reflètent des accusations et témoignages rapportés par la famille et des proches. Les suites judiciaires et les vérifications des faits ont été engagées à divers degrés, notamment par le dépôt de plainte de la compagne.
Mémoire et hommage
Au‑delà des polémiques et des procédures, l’image publique de Christophe Dominici reste celle d’un joueur au style flamboyant et à l’énergie communicative. Ses éclats sur le pré, son rôle dans la grande équipe des années 1990‑2000 et son geste resté dans la légende face aux All Blacks fondent une popularité durable.
Ce week‑end, le Stade Jean‑Bouin consacrera un hommage officiel avec la création d’un « Trophée Christophe Dominici ». Sur le terrain, plusieurs anciens partenaires et amis viendront rappeler la place singulière qu’il occupait dans le cœur des supporters. Pour sa famille et pour ceux qui l’ont côtoyé, la commémoration sera sans doute un moment mêlé de reconnaissance et de douleur.
Cinq ans après, la disparition de Christophe Dominici continue d’interroger et d’émouvoir. Son histoire rappelle que la notoriété et le talent sportif ne protègent pas des fragilités humaines, et que la mémoire collective se nourrit autant des exploits que des drames personnels.


