La publication en juillet 2024 d’un rapport accusant l’Abbé Pierre de multiples agressions sexuelles a ébranlé l’image d’une figure longtemps célébrée pour son engagement social. Benjamin Lavernhe, qui incarnait récemment ce prêtre dans le film L’Abbé Pierre, une vie de combats de Frédéric Tellier, a livré sa réaction publique, partagée et douloureuse, face à ces révélations.
Le choc d’un comédien confronté à la face cachée d’un personnage historique
Interrogé par Télé‑Loisirs, Benjamin Lavernhe ne masque pas son trouble. « À chaque nouvelle révélation, je suis abasourdi », confie-t-il. L’acteur, qui a prêté son visage et sa voix à une personnalité longtemps perçue comme modèle d’altruisme, décrit une sidération qui mêle indignation et peine. Sa prise de parole intervient alors qu’il s’apprête à présenter la 51ᵉ cérémonie des César, portée par une médiatisation importante et un regard accru sur les figures publiques.
Endosser le rôle d’un personnage historique implique souvent admiration et identification, rappelle-t-il. La découverte d’accusations aussi graves crée pour lui une « sensation de trahison » difficile à dépasser. « Je pense évidemment d’abord aux victimes mais à mon échelle, je ne m’en remets pas. Je n’en finis pas d’être écœuré et horrifié par la face cachée du personnage », ajoute Benjamin Lavernhe, exprimant une émotion qui dépasse le seul registre professionnel.
Un film relu sous un autre jour
La sortie de L’Abbé Pierre, une vie de combats avait été saluée pour la reconstitution de l’engagement du fondateur d’Emmaüs, notamment à la suite de l’appel historique de l’hiver 1954. La performance de Benjamin Lavernhe avait été particulièrement remarquée par la critique et le public.
Mais l’enquête et les témoignages dévoilés depuis la publication du rapport donnent désormais au film une autre portée. Les scènes et les discours qui semblaient célébrer une vie consacrée aux plus démunis se retrouvent hantés par les accusations qui pèsent aujourd’hui sur leur protagoniste. Pour l’équipe artistique et pour l’acteur principal, cette relecture impose un malaise et une réflexion sur la représentation des figures tutélaires au cinéma.
Benjamin Lavernhe évoque ainsi la difficulté d’associer, dans l’esprit du spectateur, un portrait public et des actes supposés privés. Le comédien ne prétend pas répondre aux questions d’ordre judiciaire ou moral, mais témoignent d’une perplexité partagée par de nombreux spectateurs et collaborateurs du film.
Au‑delà du scandale : la question des idoles
Les mots de l’acteur invitent à une interrogation plus large sur la tentation de sanctifier des personnalités publiques. « Méfions‑nous des idoles ? » lâche-t‑il, comme pour souligner le danger d’une adulation sans nuances. Cette réflexion touche autant au monde artistique qu’à la mémoire collective, lorsqu’elle s’appuie sur des figures qui ont marqué l’histoire sociale et politique.
Le scandale autour de l’Abbé Pierre soulève donc une double question : comment préserver la mémoire des actions positives sans ignorer les faits reprochés, et comment les œuvres qui mettent en scène des personnages historiques doivent‑elles être relues à l’aune de nouvelles informations ?
Sur le plan institutionnel, l’affaire continue d’évoluer. Le rapport publié en juillet 2024 a déclenché une onde de choc, et un rapport interne d’Emmaüs est attendu pour 2027, selon les informations disponibles. Ces éléments laissent présager un débat durable sur la manière dont les organisations et la société traitent les accusations portées contre des figures fondatrices.
Pour Benjamin Lavernhe, la priorité déclarée reste l’écoute et la reconnaissance des victimes. Sa propre détresse face aux révélations est révélatrice d’un désarroi collectif : nombreux sont ceux qui, ayant admiré l’engagement de l’Abbé Pierre, peinent aujourd’hui à concilier ce que représentait l’homme avec les accusations qui lui sont attribuées.
Alors que la médiatisation du dossier se poursuit et que le monde du cinéma relit ses productions, la parole des victimes et la transparence des enquêtes resteront au cœur des discussions. Le film, tout comme la figure qu’il dépeint, portera désormais une histoire plus complexe, marquée par la confrontation entre image publique et éléments révélés.


