Ce 2 mars 2026, Alain Chamfort fête ses 77 ans. L’événement est l’occasion de revenir sur un choix de vie qui en dit long sur ses priorités : quitter Paris pour s’installer en Normandie, dans une maison face à la mer qu’il s’est offerte en 2018, à quelques encablures de Sophie Davant.
Un refuge normand choisi après l’épreuve
La décision de quitter la capitale intervient après une période difficile. Atteint d’un cancer des os en 2015, Alain Chamfort confiait récemment : « J’ai quitté Paris à ce moment-là ». Installé dans un quartier en travaux et fatigué du tumulte urbain, il ressentait le besoin d’un retour à la nature et d’un horizon plus serein.
La Normandie s’impose alors comme une évidence. L’artiste connaît bien la région : dans les années 1980, il fréquentait déjà Honfleur, Deauville et Trouville avec ses enfants. En 2018, il acquiert une maison d’inspiration anglo-normande, « un peu excentrée », entourée de verdure et tournée vers la mer. Le coup de cœur a été immédiat.
Pour Chamfort, il ne s’agit pas seulement d’acheter une demeure, mais de la façonner. Si l’architecture originelle conserve son charme, l’intérieur est entièrement repensé. « Je vis dans une maison que j’ai imaginée », affirme-t-il avec fierté. Il a notamment créé une grande baie vitrée ouvrant sur le jardin et l’horizon marin afin de brouiller la frontière entre intérieur et extérieur. Il veut se sentir « un peu dehors tout en étant protégé ». Bois clair, parquet, bibliothèques murales et teintes douces participent à une atmosphère de sérénité.
Longtemps associé à l’image du dandy élégant, il cultive désormais une sobriété presque monacale. Après plusieurs déménagements, il s’est délesté du superflu : les objets comptent peu, la lumière et le silence suffisent. Sa maison normande devient un cocon face à la mer, un lieu stable pour accompagner le changement.
Une pièce dédiée à la musique
Loin d’abandonner la création, Alain Chamfort a aménagé dans ce refuge une pièce entièrement vouée à la musique. « J’ai rassemblé tout ce qui rassemblait la musique : le piano, les instruments pour enregistrer, de la littérature », explique-t-il. Il compose à son rythme, sans pression commerciale, et profite d’une liberté nouvelle depuis la sortie de L’Impermanence, présenté comme son dernier album.
Le chanteur estime que le format traditionnel du disque est « un peu obsolète », mais il ne renonce ni à créer ni à réfléchir. Face à la Manche, il cultive une distance qui nourrit son inspiration et lui permet d’observer le temps qui passe, thème récurrent de son œuvre. Sur le plan physique, il évoque avec lucidité les conséquences de l’âge : « Vieillir est une blessure sévère », disait-il, faisant référence à l’arthrose des doigts ou au souffle plus court, sans perdre pour autant son autodérision.
Un équilibre entre isolement choisi et lien à Paris
S’installer en Normandie ne signifie pas couper les ponts. « C’est à deux heures de Paris », rappelle-t-il, et il tient à conserver le contact avec la vie urbaine et professionnelle. La campagne lui offre l’apaisement ; la capitale lui apporte énergie et mouvement. Il ne souhaite pas « totalement faire ce pas, s’isoler dans une autre vie ». Cet équilibre lui permet de rester actif tout en réduisant le tumulte quotidien.
Ayant grandi à Eaubonne sous le nom d’Alain Le Govic, il se souvient d’une enfance entourée de jardins et de champs. Cette proximité avec la nature, vécue dès son jeune âge, semble retrouver écho dans sa vie actuelle face à la Manche.
Père de cinq enfants, Chamfort revendique une certaine lucidité sur les priorités. Paroles tirées de ses chansons ou de ses entretiens, comme « Nous fîmes ce que nous pûmes », traduisent sa façon de relativiser et d’alléger les poids du passé. Aujourd’hui, il pratique le Pilates, lit, compose et observe les saisons : la mer, les arbres et le vent participent à cet apprentissage d’un rapport apaisé au temps.
Non loin de là, d’autres personnalités ont choisi la région pour sa douceur de vivre. Mais le chanteur ne recherche ni effet de mode ni exposition. Son refuge reste un espace intime, loin des projecteurs. À 77 ans, il ne parle pas de retraite au sens strict, préférant évoquer l’« impermanence », ce mouvement perpétuel qui façonne les vies. Sa demeure normande en est l’illustration : un écrin de lumière et de silence où, discrètement, l’ancien dandy de la pop chic continue d’écrire la suite.


