À quelques jours du premier tour des municipales à Paris, la campagne se joue aussi sur le terrain des symboles. Alors que Rachida Dati progresse dans les sondages et concentre l’attention médiatique, une centaine de figures issues du monde des arts, de la culture et de la société civile ont choisi de soutenir le candidat socialiste Emmanuel Grégoire. Parmi elles, la présence d’Agnès Jaoui attire particulièrement l’attention, tant pour son poids symbolique que pour son historique d’engagement politique.
Un comité de soutien large et assumé
Selon des informations du Nouvel Obs confirmées par Le HuffPost, un comité de soutien s’est structuré autour d’Emmanuel Grégoire. Il est coprésidé par Ghada Hatem, gynécologue franco-libanaise et cofondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis, et Thierry Déau, fondateur du fonds d’investissement Meridiam.
La liste des signataires rassemble de nombreuses figures du paysage culturel français : Bastien Bouillon, Laure Calamy, Alexis Michalik, Sara Giraudeau, Camille Chamoux, Stanislas Nordey, Denis Podalydès, Cédric Klapisch ou encore Agnès Jaoui, qui s’était déjà engagée en 2014 aux côtés d’Anne Hidalgo. S’ajoutent des noms comme le photographe Raymond Depardon, l’écrivain Laurent Gaudé, l’artiste plasticienne Éva Jospin et la chanteuse Barbara Carlotti.
Le soutien dépasse le strict cadre artistique. L’historien Patrick Boucheron, l’ancien secrétaire général de la CGT Philippe Martinez et le militant des droits de l’enfant Lyes Louffok figurent aussi parmi les signataires, marquant une mobilisation transversale qui vise à peser sur une élection perçue comme décisive pour l’avenir culturel et social de la capitale.
Agnès Jaoui : un nom qui compte
La comédienne et réalisatrice Agnès Jaoui est souvent considérée comme une voix respectée dans le cinéma et le théâtre français. Son ralliement à la prise de position collective contre la possible victoire de Rachida Dati confère une visibilité particulière à ce comité. Son engagement n’est pas inédit : en 2014, elle avait déjà soutenu Anne Hidalgo, rappelle le communiqué des signataires.
Ce choix s’inscrit dans une démarche collective plus large. Pour plusieurs signataires, il s’agit de défendre des politiques publiques culturelles jugées menacées par certaines orientations annoncées. Le mot d’ordre, implicite mais clair, est de former un front d’opinion afin d’influer sur le débat public à dix jours du scrutin.
Des tensions anciennes entre Rachida Dati et le monde culturel
Ces ralliements apparaissent comme un revers symbolique pour Rachida Dati, récemment sortie du ministère de la Culture. Pendant ses deux années rue de Valois, l’ancienne garde des Sceaux a entretenu des rapports parfois tendus avec une partie du milieu culturel. Plusieurs artistes ont critiqué sa compréhension des enjeux du secteur et dénoncé des baisses de dotations.
Pour autant, la campagne de Rachida Dati a tenté d’apaiser les tensions. L’élue a multiplié les distinctions honorifiques et les apparitions publiques aux côtés de personnalités artistiques, dans un effort affiché de dialogue et de reconstruction de liens. Ces gestes n’ont cependant pas suffi, aux yeux de certains, à remettre entièrement les compteurs à zéro.
À dix jours du scrutin, la candidate de droite peut compter sur peu de soutiens emblématiques dans le secteur culturel. Parmi les rares signatures notables figurant en sa faveur, le nom de Dominique Farrugia — ex-membre du groupe Les Nuls et proche de Nicolas Sarkozy — est souvent cité dans les médias comme un exemple isolé de relais culturel.
Ce positionnement du monde artistique trouve sa logique dans le rôle que joue la culture dans la vie municipale : subventions, lieux de création, politiques éducatives et d’accessibilité sont autant de leviers sur lesquels les municipalités peuvent agir. Les signataires du comité autour d’Emmanuel Grégoire revendiquent ainsi la volonté de préserver et d’intensifier ces politiques.
Si l’impact électoral exact de ces prises de position reste difficile à mesurer à l’aune des seules déclarations d’intention, elles ajoutent une dimension symbolique forte à la campagne parisienne. À quelques jours du premier tour, la mobilisation d’artistes et de personnalités reflète une polarisation accrue et souligne la place centrale que la culture occupe dans le débat municipal.


