La nuit du Nouvel An à Crans-Montana a laissé des traces profondes. Dans la nuit de la Saint-Sylvestre, un incendie s’est déclaré au bar le Constellation, établissement réputé de la station détenu par le couple Jacques et Jessica Moretti. Le bilan communiqué par les autorités fait état, pour l’instant, de 40 morts et 116 blessés. L’émotion reste vive dans la région, et la vie locale tente difficilement de reprendre son cours.
Des commerçants qui choisissent la discrétion
Pour saisir l’ambiance qui règne aujourd’hui à Crans-Montana, nous avons contacté plusieurs commerçants de la station. Tous ont accepté de répondre brièvement, sous couvert d’anonymat. Leur ligne est claire : éviter l’exposition médiatique et tenter d’avancer. Aucun ne souhaite revenir en détails sur le déroulé des événements ni sur le bilan humain.
Plusieurs ont répété la même injonction à la résilience. « Tourner la page de ce drame et reprendre le contrôle de nos vies », confient-ils, une formule qui résume leur état d’esprit. L’un d’eux a simplement déclaré : « On aimerait juste reprendre le contrôle de nos vies. C’est une véritable tragédie que beaucoup auraient préféré ne jamais voir se produire dans la station. »
Interroger plus avant s’est heurté à la prudence généralisée. Certains ont refusé de développer, expliquant que « tout a déjà été dit par [vos] confrères et […] il n’y avait rien à rajouter ». Le souhait affiché est de retrouver une forme de normalité, sans se mêler aux polémiques ni aux spéculations.
Une instruction en cours et des mesures judiciaires
L’enquête ouverte après l’incendie se poursuit en Suisse. Les autorités judiciaires du canton du Valais ont placé en détention provisoire, pour une période initiale de trois mois, Jacques Moretti, copropriétaire et gérant de l’établissement au moment du sinistre. Cette décision fait suite à une demande du ministère public valaisan, qui a invoqué un risque de fuite. Le tribunal a toutefois indiqué que cette détention pourrait être levée si des « mesures de sécurité », comme une caution, étaient réunies.
Jessica Moretti, également copropriétaire, n’a pas été placée en détention. Elle fait cependant l’objet de mesures judiciaires restrictives, dont une interdiction de quitter le territoire suisse, dans l’attente de la suite de l’instruction.
Le ministère public a ouvert une enquête pénale pour homicide involontaire, lésions corporelles involontaires et incendie involontaire à l’encontre des propriétaires. Ces chefs d’accusation peuvent évoluer au fil de l’instruction, précise le parquet. Les auditions et les expertises doivent maintenant éclairer les circonstances précises du sinistre et déterminer les responsabilités éventuelles.
Crans-Montana tente de reprendre pied
Malgré la tragédie et la couverture médiatique, la station et ses commerces continuent de fonctionner. Les professionnels contactés insistent : il faut préserver l’activité économique locale et protéger l’intimité des familles touchées. Mais la hantise de la nuit du Nouvel An reste présente et pèse sur le quotidien.
Plusieurs commerçants évoquent la fatigue morale et la nécessité de soutenir les victimes et leurs proches sans dramatiser davantage. Ils réclament de la retenue et une volonté collective de ne pas transformer la catastrophe en spectacle. Pour eux, l’essentiel est de permettre à la communauté de se reconstruire sans être assaillie par une attention médiatique permanente.
La station, lieu de villégiature et de convivialité, cherche donc à conjuguer mémoire et reprise d’activité. Les autorités judiciaires poursuivent leur travail d’enquête, et la population attend des réponses. En attendant, les commerçants interrogés mettent l’accent sur la discrétion, la résilience et la volonté partagée de « tourner la page », tout en restant attentifs à l’évolution de la procédure.


