Ce vendredi, dans son magazine Arnaques diffusé sur M6, Julien Courbet a présenté le portrait d’une nouvelle « Anne ». Le rapprochement est volontaire : il renvoie au témoignage, diffusé il y a un an dans Sept à Huit, d’une mère de famille qui disait avoir tout perdu après avoir cru entretenir une relation à distance avec Brad Pitt. Cette femme, en réalité victime d’un brouteur, avait été dépouillée d’environ 850 000 euros, somme correspondant pour l’essentiel à l’indemnité de divorce qu’elle avait perçue.
Le phénomène des « brouteurs » et la fausse intimité
Les brouteurs, souvent installés en Afrique de l’Ouest, sont spécialisés dans les escroqueries en ligne, et particulièrement dans les arnaques sentimentales. Leur méthode la plus courante consiste à créer de faux profils, parfois en usurpant l’identité de célébrités et en recourant à l’intelligence artificielle pour produire des images crédibles.
Le mécanisme est toujours le même : établir d’abord un lien affectif fort, isoler la victime, puis demander de l’argent sous diverses prétextes. Dans le reportage d’Arnaques, un autre témoignage illustre parfaitement ce processus : celui d’Ingrid, une quinquagénaire qui s’est laissée convaincre par un faux compte se faisant passer pour le chanteur Patrick Bruel.
Le piège d’Ingrid : une photo, des promesses et 5 500 euros envolés
L’affaire commence sur les réseaux sociaux. Ingrid envoie un message à Patrick Bruel et reçoit presque instantanément une réponse d’un compte affirmant être celui du chanteur. Pour la rassurer, l’interlocuteur envoie une photo générée par IA montrant prétendument Patrick Bruel tenant une pancarte avec l’inscription « Ingrid, c’est bien moi ». Ingrid confie : « Je me suis dit : Wouah, Patrick Bruel qui m’écrit. J’étais scotchée. A moi, il m’écrit ? Alors qu’il y a des milliers de femmes ? Et il me répond ! »
La conversation se poursuit et le faux chanteur multiplie les compliments. « Il est tendre, il me dit que je suis belle. Il me fait plein de compliments. Donc, je suis touchée. On s’intéresse à moi », raconte Ingrid. L’isolement est ensuite encouragé : le brouteur l’incite à « n’en parler à personne », ce qui la prive de contre‑poids externe et renforce sa vulnérabilité émotionnelle.
Avec l’emprise installée, l’escroc passe à l’étape suivante : la demande d’argent. Ingrid révèle au faux Bruel qu’elle a touché l’héritage de son père. Première sollicitation : 500 euros pour une place en loge VIP à un concert. Elle paie. Quelques semaines plus tard, la somme demandée augmente drastiquement : 7 500 euros nécessaires, selon le brouteur, pour débloquer une voiture retenue en douane. Il accompagne sa requête d’une nouvelle image IA et affirme avoir reçu 110 millions d’euros, bloqués temporairement par la banque.
Faute de disposer de la somme réclamée, Ingrid finit par envoyer l’intégralité de ses économies disponibles : 1 500 euros par mandat cash, puis 3 500 euros par virement. Il resterait 2 000 euros dus, mais le faux Bruel exige la totalité. Sous pression, Ingrid accepte même de souscrire un prêt à la consommation, avant de douter et de demander un contact téléphonique direct avec Patrick Bruel.
Quand l’homme l’appelle, Ingrid est frappée par la différence de voix et réalise qu’elle a été trompée. Trop tard : au total, les sommes versées s’élèvent à 5 500 euros, qu’elle ne reverra jamais.
La technique du « pig butchering » et l’analyse juridique
Le reportage rappelle aussi une technique désormais répandue, appelée « pig butchering » : plusieurs personnes se relaient pour maintenir un contact quasi permanent avec la victime, la manipuler et la pousser à investir ou à transférer de l’argent. Me Sylvie Noachovitch, interrogée dans le magazine, résume le procédé : « On l’isole, on l’enferme et on l’empêche de communiquer à l’extérieur ».
Les conséquences pour les victimes sont lourdes, tant sur le plan financier que psychologique. Ingrid dit être « détruite » mais accepte de témoigner dans l’espoir que son expérience alerte d’autres personnes confrontées à ce type d’arnaque émotionnelle. Son récit illustre la rapidité et l’efficacité des méthodes employées par les brouteurs, ainsi que la difficulté à récupérer les fonds une fois qu’ils ont été transférés.
Le dossier présenté dans Arnaques s’inscrit dans une série de témoignages mettant en lumière l’ampleur du phénomène. Il rappelle aussi l’importance de la prudence sur les réseaux et l’extrême sophistication des faux profils, notamment lorsque l’intelligence artificielle est utilisée pour rendre les preuves visuelles crédibles.


