La décision de la Cour de cassation, rendue le mardi 13 janvier, relance la controverse autour de la présence de Jean-Marc Morandini à l’antenne de CNews. La plus haute juridiction française a confirmé la condamnation prononcée en appel : deux ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende pour corruption de mineurs. La peine s’accompagne d’une interdiction définitive d’exercer une profession en contact avec des mineurs et d’une inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles (FIJAIS).
Un maintien à l’antenne assumé par la direction
Malgré la confirmation judiciaire, CNews a décidé de maintenir Jean-Marc Morandini à l’antenne. Interrogé par l’Association des journalistes médias, Gérald-Brice Viret, directeur général des antennes et programmes du groupe Canal, a déclaré assumer « complètement » ce choix. Morandini continue d’animer chaque jour Morandini Live, une émission qui rassemble selon la chaîne près de 350 000 téléspectateurs quotidiennement.
Ce maintien est présenté par la direction comme une décision d’ordre professionnel, mais il suscite des remous en interne. Le quotidien Le Parisien rapporte que plusieurs voix se sont élevées au sein des rédactions par le passé. Lors d’une velléité de retour du journaliste sur Europe 1, des chroniqueurs tels que Sonia Mabrouk, Thomas Isle et Dimitri Pavlenko avaient exprimé leur mécontentement auprès de leur direction. À la suite de ces tensions, la direction avait finalement décidé de repousser sine die le projet de retour.
Soutiens publics et attaques virulentes
Dans le paysage médiatique, Jean-Marc Morandini peut compter sur des soutiens. Christine Kelly, animatrice sur CNews et présidente d’une association d’aide aux familles monoparentales, a pris la défense de son ami. Elle a vivement répondu à Jean‑Michel Aphatie, qui avait évoqué un deux poids‑deux mesures, par un message lapidaire : « Occupe‑toi de ta famille pauvre type ». La réaction illustre la polarisation des échanges autour du cas Morandini.
La polémique a aussi pris une tournure plus brute sur les réseaux sociaux. L’humoriste Dieudonné a posté sur X un message extrêmement violent: « J’aurais dû violer des gosses. Je serais encore à la télé. Morandini, pédophile multirécidiviste, condamné à rien. Voilà la justice. » (https://t.co/a9q36CKn7x)
Il est important de préciser que, contrairement à l’affirmation de Dieudonné, Jean‑Marc Morandini n’a pas été condamné pour viols sur mineurs. De même, la qualification de « multirécidiviste » ne s’applique pas nécessairement dans ce dossier, la récidive pénale supposant au moins deux condamnations pénales définitives au titre des mêmes faits ou d’infractions connexes.
Le message de Dieudonné, lui, s’inscrit dans un parcours judiciaire bien documenté. L’humoriste a en effet été condamné à plusieurs reprises pour injures et propos antisémites entre 2006 et 2008, puis poursuivi pour provocation à la haine raciale en 2015. Il a également écopé de deux mois de prison avec sursis pour apologie d’actes terroristes après avoir publié la formule « Je me sens Charlie Coulibaly ». D’autres condamnations le concernent pour négationnisme, fraude fiscale, abus de biens sociaux et blanchiment, y compris des décisions rendues en Belgique et en Suisse.
Le parallèle entre les parcours judiciaires des protagonistes alimente la tonalité émotionnelle des échanges. D’un côté, la confirmation judiciaire contre Morandini, issue d’un long processus engagé depuis près de dix ans. De l’autre, des réactions publiques et souvent virulentes qui cristallisent un débat sur la morale, la justice et la place des personnalités médiatiques condamnées.
Au sein des rédactions, chez les annonceurs et parmi les téléspectateurs, la question demeure: jusqu’où une chaîne peut‑elle maintenir à l’antenne une personnalité condamnée pour des faits graves, alors que le contexte médiatique et politique est de plus en plus sensible à ces sujets?
Pour l’heure, CNews affiche une ligne claire: l’animateur reste à l’antenne et l’émission continue. Mais la décision de la Cour de cassation relance immanquablement les débats, et aucune évolution de cette situation n’est à exclure si de nouveaux éléments juridiques ou institutionnels venaient à se produire.


