Ce 16 janvier 2026, Richard Bohringer fête ses 84 ans. Acteur aux rôles bruts et à la carrière hors des sentiers battus, il est aussi connu pour une relation singulière et durable avec l’Afrique, et plus particulièrement le Sénégal, dont il a obtenu la nationalité en 2002.
Une rencontre décisive avec le Sénégal
Né en 1942 à Moulins, Richard Bohringer a longtemps revendiqué une forme de liberté radicale. Comédien instinctif, écrivain et chanteur, il dit avoir trouvé loin de la France une autre manière d’exister. Sa rencontre avec le Sénégal remonte aux années 1990, lors du tournage du film Les Caprices d’un fleuve de Bernard Giraudeau. Le choc fut immédiat : « Ce continent m’a pris dans ses bras », confiera-t-il plus tard.
Ses premiers séjours l’emmènent à Dakar puis à Saint-Louis, où il découvre bien plus qu’un décor de cinéma. Dans une interview pour Géo, il résume ainsi son rapport au continent : « L’Afrique va te perdre, mais l’aéroport t’a déjà perdu ». Il évoque la lumière, les sons et la chaleur humaine, mais aussi cette violence émotionnelle qui, selon lui, « fait s’évanouir ce qu’on était pour vous faire devenir quelqu’un d’autre ».
À partir de 1985, ses voyages se multiplient. Il traverse le Sénégal, roule entre Dakar et Saint-Louis, observe les villages et les gestes du quotidien. Conscient de sa place d’étranger — « toubab » — il reconnaît la difficulté de se sentir intégré : « C’est très difficile de se sentir à sa place quand on est toubab, car là-bas, la vie n’est qu’africaine. Mais j’ai eu le sentiment d’être accepté », dira-t-il, décrivant un accueil rare et précieux qui va nourrir son désir d’appartenance.
Naturalisation, écriture et engagement local
En 2002, Bohringer franchit un pas symbolique et administratif : il demande et obtient la nationalité sénégalaise. Sur le plateau de Thierry Ardisson, il explique ce choix sans ambiguïté, affirmant qu’il s’agissait de témoigner « à plein temps de mon amour, de mon estime et de mon respect » pour ce pays. Pour lui, devenir Sénégalais n’exclut pas ses racines françaises, mais relève d’une reconnaissance intime et presque spirituelle.
Son attachement se retrouve aussi dans ses écrits et sa musique. En 2007, il publie Carnet du Sénégal, un texte poétique où il célèbre visages, paysages, misère et beauté entremêlées. Dans Quinze Rounds (Flammarion), il revient sur son parcours personnel, son métier d’acteur et sur cette Afrique qui l’a « perturbé » autant qu’elle l’a sauvé. Il a également rendu hommage au continent en chanson, notamment avec Afrique, ma mère.
Installé une partie de l’année à Saint-Louis, où il possède une maison, Bohringer a longtemps partagé sa vie entre deux rives. Ce va-et-vient a eu un coût personnel : « J’avais mes enfants et leur maman en France. L’Afrique m’a déjà tellement éloigné d’eux », a-t-il reconnu. Père de Romane et Lou Bohringer, il choisira finalement un retour durable en France, notamment pour affronter une maladie après avoir combattu un cancer du système nerveux dans la plus grande discrétion.
Sa relation au Sénégal ne se limite pas à un geste symbolique. Il a soutenu, souvent discrètement, des projets culturels et des artistes locaux, privilégiant les rencontres humaines aux circuits institutionnels. Convaincu que la transmission et l’écoute sont essentielles, il a favorisé un accompagnement de terrain plutôt qu’une mise en avant médiatique.
À 84 ans, Richard Bohringer se fait plus rare, mais son histoire avec le Sénégal demeure intacte. Pour lui, la nationalité sénégalaise a représenté plus qu’un passeport : une seconde naissance, un autre nom pour désigner ce mot si cher, « chez lui ».


