Jean Matthieu Moretti a pris la parole pour tenter de contrer ce qu’il décrit comme une mise au pilori médiatique. Dans un entretien accordé au Figaro depuis Solenzara (Corse-du-Sud), le patriarche corse exprime son indignation face aux accusations et aux rumeurs qui entourent son fils depuis la tragédie du bar Le Constellation, qui a coûté la vie à 40 personnes.
Une défense familiale ferme
Visiblement blessé, Jean Matthieu Moretti défend l’honneur de sa famille et refuse que le passé judiciaire de son fils soit systématiquement assimilé à la catastrophe. « On n’est pas des voyous ! » martèle-t-il, reprenant un leitmotiv de défense déjà entendu dans d’autres affaires familiales. Le père insiste pour distinguer les actes passés de son fils et la responsabilité éventuelle dans le drame qui a endeuillé de nombreuses familles.
Il qualifie d’inacceptables les attaques et la propension, selon lui, des médias à exhumer des éléments compromettants pour les faire coïncider avec la tragédie. « En quoi le passé de mon fils a-t-il un lien avec les quarante morts ? » interroge-t-il, soulignant que la condamnation ancienne de Jacques Moretti, sur laquelle la presse revient, ne suffit pas à établir un lien causal avec ce qui s’est produit au Constellation.
Le passé judiciaire de Jacques Moretti examiné
Depuis la catastrophe, le passé judiciaire de Jacques Moretti a été largement passé au crible. En 2008, il a été condamné par le tribunal d’Annecy à 12 mois de prison, dont 8 avec sursis, pour « proxénétisme aggravé ». La condamnation portait sur des faits selon lesquels il aurait embauché, entraîné ou détourné plusieurs femmes en vue de les prostituer, tirant profit de cette activité et jouant un rôle d’intermédiaire dans leur exploitation.
Au-delà de cette condamnation confirmée, l’enquête médiatique a fait émerger d’autres allégations et rumeurs — notamment des accusations de fraudes diverses et des mentions de salons de massages à connotation érotique. Ces éléments sont présentés par certains comme complémentaires du dossier judiciaire de Jacques Moretti, mais, selon le père, plusieurs de ces informations restent non vérifiables. Jean Matthieu Moretti regrette que la rémanence d’un passé judiciaire serve de soupçon généralisé sans qu’un lien direct avec la tragédie ait été établi.
La focalisation sur les antécédents de son fils, dit-il, contribue à une stigmatisation qui pèse sur l’ensemble de la famille et détourne, selon lui, l’attention des investigations en cours sur les causes précises du sinistre.
Détention préventive et émotion familiale
Jacques Moretti a été placé en détention préventive pour des faits qualifiés de « négligences » par les autorités judiciaires. Dans son interview, le père conteste l’idée d’un fugitif et défend le caractère responsable et travailleur de son fils. « Je connais mon fils. Jamais, il ne fuira. C’est son honneur », affirme-t-il, en réponse aux arguments de la procureure générale qui a motivé la détention par la crainte d’une fuite.
L’émotion traverse l’entretien. Jean Matthieu dit avoir vu son fils pleurer pour la première fois depuis le début de l’affaire : « C’est la première fois de ma vie que je l’ai vu pleurer », confie-t-il, décrivant un homme marqué et accablé par les événements.
Malgré la pression médiatique, le père appelle à laisser la place à la justice. « Si la presse veut descendre Jacques en flammes, ça la regarde. À la fin, nous ne répondrons qu’à la justice », déclare-t-il, faisant le constat d’une polarisation de l’opinion et d’un traitement de l’information qu’il juge parfois hâtif.
Une famille sous les projecteurs
Installé à Solenzara, le patriarche évoque une famille bousculée par les faits et par la résonance médiatique. Il rappelle que la condamnation passée de son fils correspond, selon lui, à une dette déjà payée et que, légalement, elle ne suffit pas à établir une responsabilité dans la catastrophe du Constellation.
L’entretien au Figaro met en lumière la tension entre la mémoire judiciaire d’un individu et la manière dont elle est mobilisée par les médias à l’occasion d’un fait divers d’ampleur. Si la colère paternelle vise à préserver l’image et l’intégrité de sa famille, elle souligne aussi la demande de beaucoup de proches de victimes et d’accusés : que l’instruction et la justice fassent leur travail avant que ne se forment des jugements publics irréversibles.


