Jeudi 8 janvier 2026, la mobilisation agricole a pris une tournure inédite : des tracteurs affiliés à la Coordination rurale sont entrés dans Paris, encadrés par un important dispositif policier, rapporte Le Dauphiné Libéré. Les manifestants dénoncent à la fois l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur et la gestion de l’épizootie de dermatose nodulaire qui frappe le secteur.
Accès restreint aux sites sensibles, mais la colère gagne la capitale
La veille de l’action, la préfecture de police avait pris un arrêté visant à interdire l’accès des engins agricoles à plusieurs sites dits sensibles de la capitale : l’Élysée, Matignon, le Parlement, les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique, ainsi que le marché de Rungis. Malgré ces restrictions, des tracteurs ont finalement circulé dans Paris, attirant une surveillance renforcée des forces de l’ordre et provoquant de vifs incidents aux abords des institutions.
Les motifs de la colère agricole sont doubles. Premièrement, l’opposition à l’accord UE–Mercosur, souvent critiqué par des agriculteurs inquiets de la concurrence étrangère et de l’impact sur leurs revenus. Deuxièmement, la critique de la gestion de l’épizootie de dermatose nodulaire, qui suscite des interrogations dans la profession sur la prévention et les mesures de soutien. Ces revendications figuraient au cœur des cortèges et des prises de parole observées lors de l’entrée des véhicules dans la capitale.
L’incident devant l’Assemblée nationale : Yaël Braun-Pivet atteinte au visage
Parmi les scènes les plus marquantes, les caméras de LCI ont filmé un incident impliquant Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale. Aux alentours de 11 heures, alors qu’elle échangeait avec des manifestants devant l’Assemblée, un agriculteur lui a projeté un liquide au visage. Les images montrent la dirigeante tentant de poursuivre la discussion tandis que plusieurs membres de la sécurité interviennent pour la protéger.
Sur place, Yaël Braun-Pivet a d’abord réagi en soulignant le caractère inapproprié du geste : « Ça, ce n’est pas bien ». Elle a ensuite confirmé son souhait de dialoguer, déclarant : « Je vous reçois tous aujourd’hui dans mon bureau. Je vois toutes les organisations syndicales (…) Moi, ça ne me pose pas de problème, vous êtes des citoyens, vous avez le droit d’être là (…) on a déjà échangé, vous savez comment je fonctionne et vous savez que l’agriculture me préoccupe considérablement (…) je comprends votre colère. »
Les journalistes présents ont commenté la scène avec émotion. L’un d’eux a qualifié les images de « violences, de brutalités », estimant que la présidente s’était « fait cracher au visage ». Une collègue a souligné l’incertitude entourant la nature du jet : « Elle a reçu quelque chose d’humide, est-ce que c’est de l’eau, est-ce que c’est un crachat ? » Cette ambiguïté reste visible sur les images diffusées par LCI et relayées sur les réseaux sociaux, notamment via le message suivant : 🚨🇫🇷🚜 FLASH | Yaël Braun-Pivet a reçu un « liquide » en plein visage de la part d’un agriculteur devant l’Assemblée nationale. (LCI) pic.twitter.com/MCBF43D5u9 https://t.co/k00VWd9LOb
Quoi qu’il en soit, ce geste a été perçu par certains observateurs comme une illustration de la montée des tensions, où la contestation bascule parfois vers des actions plus agressives envers des responsables publics.
Réactions et portée politique
Face à cet épisode, Yaël Braun-Pivet a choisi la posture du dialogue, réitérant son ouverture à recevoir les représentants agricoles et à entendre leurs revendications. De leur côté, les syndicats et organisations agricoles avaient multiplié les alertes et appels à la mobilisation ces derniers jours, pointant des dossiers sensibles pour la profession.
L’entrée de tracteurs dans Paris marque une montée en intensité de la mobilisation et pose la question de l’équilibre entre droit de manifester et protection des institutions. Les forces de l’ordre ont dû gérer à la fois la circulation des engins agricoles et la prévention des incidents aux abords des sites interdits par arrêté préfectoral.
Les suites de cette journée dépendront des réponses politiques apportées aux revendications agricoles et de l’évolution du mouvement dans les prochains jours. Pour l’heure, l’événement a rappelé, une nouvelle fois, l’importance des enjeux agricoles dans le débat public et la sensibilité des relations entre les citoyens mobilisés et leurs représentants institutionnels.


