Ce 1er janvier 2026, Christine Lagarde fête ses 70 ans. À la tête de la politique monétaire européenne depuis 2019, ancienne directrice générale du Fonds monétaire international et première femme ministre de l’Économie d’un pays du G8 en 2007, elle incarne une trajectoire hors norme. Moins médiatisé mais tout aussi formateur, un pan de sa jeunesse explique en partie sa silhouette de dirigeante : la natation synchronisée.
Un début au Havre, entre club et « ballet nautique »
Issue d’une famille d’enseignants, Christine Lagarde grandit au Havre. Très vite, ses parents l’inscrivent au Club nautique havrais, et c’est là, à une douzaine d’années, qu’elle découvre la natation synchronisée, alors souvent appelée « ballet nautique ». Inspirée par l’actrice et nageuse américaine Esther Williams, elle se lance. À la fin des années 1960, elle s’entraîne intensivement, parfois cinq fois par semaine, multipliant longueurs, figures imposées et compétitions à travers la France.
À 15 ans, elle remporte une médaille de bronze aux championnats de France et intègre l’équipe de France — un résultat remarquable pour une discipline peu médiatisée et physiquement exigeante. Plus tard, elle participe à des compétitions en Amérique du Nord au sein d’une équipe américaine, une expérience qui témoigne de son ouverture internationale déjà précoce.
Une discipline formatrice : technique, endurance et collectif
La natation synchronisée est un sport collectif très codifié. L’apnée prolongée, la synchronisation parfaite avec les coéquipières et l’obligation de sourire malgré l’effort forment un cocktail de contraintes physiques et mentales. Pour Christine Lagarde, cette école de la rigueur a laissé des traces durables. Son ancienne entraîneuse lui répétait : « Serre les dents et souris ». Une injonction qu’elle dit avoir souvent conservée, notamment dans les moments les plus tendus de sa carrière politique et économique.
La pratique de ce sport forge des qualités concrètes : discipline, gestion du stress, capacité à accepter la subjectivité du jugement — des éléments que l’on retrouve dans son rapport aux responsabilités publiques. Elle-même a comparé, par image, la nécessité de garder son calme à l’idée que « les économies mondiales ont la tête sous l’eau ».
Un refuge après un deuil et un tremplin vers l’international
La mort brutale de son père, lorsqu’elle avait 16 ans, constitue un tournant personnel. La natation devient alors un refuge. Ses coéquipières se souviennent d’une adolescente solide, dotée d’un esprit vif et d’une répartie déjà marquée. Le collectif, l’entraînement strict et la solidarité du groupe lui ont offert un soutien essentiel pour traverser l’épreuve.
Par la suite, son parcours scolaire et professionnel l’éloignera des bassins sans jamais rompre le lien avec l’eau. Après le baccalauréat, elle part étudier aux États-Unis, puis poursuit un brillant cursus en France. Elle échoue deux fois au concours de l’ENA, mais décroche plusieurs diplômes et entame une carrière d’avocate chez Baker McKenzie. Elle revient ensuite en politique : ministre du Commerce extérieur, puis de l’Agriculture, avant de devenir ministre de l’Économie en 2007.
Ses étapes suivantes marqueront de nouvelles « premières » : en 2011, elle devient la première femme à diriger le Fonds monétaire international ; en 2019, elle est nommée présidente de la Banque centrale européenne, succédant à Mario Draghi.
L’héritage d’un sport peu commun
Même à l’âge adulte et au sommet des institutions financières, Christine Lagarde a gardé le goût de la nage. Dès qu’elle le peut, elle retrouve l’eau, souvent en solo, pour se recentrer. Ce geste évoque moins un loisir qu’un rituel : maintenir une discipline corporelle et mentale qui a contribué à façonner son rapport au pouvoir, au collectif et à l’échec.
À 70 ans, la présidente de la BCE continue d’incarner une autorité passée par des lieux et des pratiques singuliers. La natation synchronisée, sport exigeant et codé, apparaît comme l’un des ressorts invisibles de son ascension — une formation au contrôle, à la persévérance et à la synchronisation, valeurs utiles lorsqu’on dirige des institutions qui gouvernent l’économie mondiale.
Ce parcours rappelle que, derrière les carrières publiques internationales, se cachent souvent des expériences formatrices et peu connues. Pour Christine Lagarde, les bassins havrais ont donc été plus qu’un terrain d’entraînement : une école de vie qui a contribué à construire celle qui, à 70 ans, reste une figure incontournable de la scène économique.


