Ce 20 février 2026, Carlos aurait eu 83 ans. Né Jean‑Chrysostome Dolto le 20 février 1943 dans le 5ᵉ arrondissement de Paris et mort le 17 janvier 2008 à Clichy, le chanteur a laissé une œuvre populaire et une silhouette immédiatement reconnaissable. Sous les chemises hawaïennes et les refrains festifs, sa vie fut aussi faite d’étés lumineux passés à Ramatuelle et à Saint‑Tropez, souvent en compagnie de Sylvie Vartan et d’un cercle d’amis fidèles.
De Jean‑Chrysostome à Carlos : parcours et influences
Fils de la psychanalyste Françoise Dolto et du médecin Boris Dolto, d’origine russe, Jean‑Chrysostome grandit dans un foyer où la musique convivait avec l’intellect. Chez les Dolto, on écoutait Glenn Miller, Duke Ellington ou Ella Fitzgerald. Diplômé en kinésithérapie, il exerce un temps dans des hôpitaux parisiens. Il confiera plus tard : « Ma mère et mon père m’avaient enseigné cette détresse du corps qui appelle à l’aide et qu’il est possible d’alléger. »
La nuit et la scène l’attirent cependant davantage. En 1957, il rencontre Sylvie Vartan, qui deviendra d’abord une amie, puis sa secrétaire particulière et enfin sa directrice artistique. En 1958, fasciné par le percussionniste Carlos Patato Valdés, il adopte le prénom de Carlos et entame une nouvelle vie publique, marquée par un sens de la fête et une image solaire.
Ramatuelle, Saint‑Tropez : les étés d’une bande yé‑yé
Dans les années 1960 et 1970, Carlos fréquente les fêtes de Saint‑Germain‑des‑Prés comme celles du Golfe de Saint‑Tropez. À Ramatuelle, il retrouve régulièrement Sylvie Vartan et Johnny Hallyday. Il est témoin de leur mariage le 12 avril 1965 et, l’année suivante, devient le parrain de leur fils David : des liens qui dépassent le simple cadre professionnel pour prendre une dimension familiale.
Sous le soleil varois, Carlos cultive l’image qui fera sa marque : chemises à fleurs, colliers exotiques, rires tonitruants. « Tout nu et tout bronzé », chantait‑il plus tard dans l’un de ses tubes, slogan de ces étés insouciants partagés entre plages privées, soirées blanches et repas interminables. Pour Sylvie Vartan, il reste « vraiment ma famille » : « Carlos, c’est vraiment ma famille et il me manque vraiment beaucoup (…) Il a été indispensable à ma vie. » Elle lui rendra encore hommage des années après sa disparition : « J’ai passé 10 ans de ma vie dans la joie avec lui et je le porte à jamais dans mon cœur. »
Derrière le pitre sur scène, elle voyait « une nature sensible et sentimentale », un « grand romantique » capable d’émotion et de tendresse.
Un répertoire festif et une présence populaire
Carlos n’a jamais renié son goût pour la variété festive. De « Papayou » à « Big Bisou », en passant par « Le Tirelipimpon » ou « Rosalie », il assume des chansons enjouées, parfois grivoises, toujours conçues pour fédérer. Son embonpoint et son visage jovial deviennent des atouts scéniques ; il amuse les foules mais refuse d’être réduit à un simple amuseur.
Figure pour le jeune public, il participe au Club Dorothée et inspire un dessin animé, Les Aventures de Carlos. Ami de Joe Dassin, Coluche ou Sim, il navigue entre univers populaires et cercles plus intellectuels. Sur l’antenne des Grosses Têtes, il surprend par sa culture et son sens de la répartie. À propos de sa mère, il disait : « Elle me disait toujours que nous faisions le même métier. Pour elle, je pratiquais la thérapie de groupe devant 10 000 personnes. »
Vie privée, maladie et derniers hommages
En 1970, Carlos rencontre Michelle Toussaint, dite Mimi. Ils se marient en 1978, avec Johnny Hallyday et Sylvie Vartan comme témoins. Le couple adopte un fils, Fann Ming, originaire d’Asie, qui choisira plus tard de retourner vivre dans son pays d’origine.
Malade, Carlos a longtemps caché un cancer du foie. Le 4 janvier 2008, il participe une dernière fois aux Grosses Têtes sans laisser paraître sa souffrance. Il décède le 17 janvier 2008 à l’hôpital Beaujon de Clichy, à 64 ans. Ses obsèques, célébrées à l’église Saint‑Germain‑des‑Prés, rassemblent une foule d’amis et d’admirateurs. Chemises hawaïennes, chants russes et corses, et une photo de lui jouant avec des dauphins ponctuent un dernier hommage fidèle à sa vie haute en couleur.
Il repose au cimetière de Bourg‑la‑Reine. Ironie du sort, Carlos Patato Valdés, qui lui avait inspiré son pseudonyme, s’était éteint un mois plus tôt.
L’écho durable d’un été
Dix‑huit ans après sa disparition, Carlos reste associé à ces refrains qui sentent le sable chaud et à l’image de l’été éternel. Derrière les chansons et la bonne humeur se dessinait un homme cultivé, attaché à sa foi orthodoxe, parfois nostalgique, qui rêvait d’Ernest Hemingway et aimait la pêche au gros.
Sous le soleil de la Méditerranée, aux côtés de Sylvie Vartan, il a écrit quelques‑unes des pages les plus légères et les plus aimées de la variété française. Son rire, ses chansons et sa silhouette n’ont pas été effacés par le temps.


